Différentiel mécanique

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A ma connaissance, il n'y a que deux sortes d'hommes, ceux qui sont bornés et ceux qui sont butés. Moi j'en connais un qui décline les deux à la fois.

Question borné, je vous donne un exemple dans le domaine modéliste : Il n'a pas de radiocommande programmable.

Question buté, je vous donne un autre exemple dans le même domaine : Il n'en aura jamais. (*)

Quand on dit d'un pauvre garçon que c'est un original, c'est une manière élégante de dire que c'est un crétin, il ne faut pas lui prêter attention, mais vous permettez quand même qu'il s'explique? Merci.

(*) Menteur en plus...

Alors voila,

Celui-ci adore la technique, les trucs électriques et mécaniques l'ont toujours fasciné, mais c'est un méfiant, un circonspect, un sceptique. Par exemple, quand l'informatique est arrivée sur la pointe des pieds avec ses gros sabots (un disque dur de 10 kilos pesait 100 kilos, vous voyez ce que je veux dire?) il fut dubitatif et conserva prudemment pour quelques temps ses vieux principes mécaniques et électroniques. Bien sûr avec l'invention de la souris et des interfaces graphiques tout a changé rapidement et son scepticisme s'est vite transformé en enthousiasme puis en addiction surtout quand l'écran vert deux couleurs s'est métamorphosé en papillon multicolore avec le processeur de compétition vendu avec.

Qui dit addiction dit dépendance mais avec des limites, car la drogue informatique a des ratés que l'on appelle des "bugs", ce qui ne veut pas dire "cafard" en anglais, mais signifie par contre expressément en français que le bidule est "planté". Dans une carrière d'informatologue normale les "bugs" se comptent par centaines et plus encore, c'est beaucoup.

Pour réduire les risques à zéro, l'aviation grandeur qui ne rigole pas avec la sécurité, dispose de l'implantation simultanée de plusieurs systèmes redondants disposés en parallèle.

L'individu dont on parle ayant finement observé que tous les appareil plus ou moins informatisés qu'il avait en sa possession présentaient un jour ou l'autre ce genre de défaut (son décodeur satellite se vautrait au moins une fois par jour), il se posa fort légitimement la question de savoir s'il devait risquer la vie de ses modèles au prétexte, certes tentateur, de pouvoir les programmer à sa guise. Sa réponse fut négative.

C'est comme ça que sa radio, formule 70 (1870...), vaguement transistorisée, ne dispose que de quatre fonctions (il n'a jamais éprouvé le besoin d'en avoir plus) mais qu'elle est complètement incapable de se planter, elle ne peut que tomber par terre ou tomber en panne, c'est bien suffisant.

N'étant pas le moins du monde "programmable" elle ne dispose même pas de la très utile "inversion de sens de rotation des servos" tellement pratique pour décoller avec les ailerons à l'envers… (Je plaisante cela n'arrive jamais…) mais quand l'avion est fait, s'il ne s'est pas trompé à la construction (c'est arrivé...), la "programmation" est indélébile.

Le revers de la médaille c'est que le bonhomme doit se débrouiller avec les parents de la fille s'il a un problème technique à régler et c'est ainsi que sur son dernier modèle hautement sophistiqué il a dû se fabriquer lui même un différentiel mécanique.

Voici la genèse de l'objet telle qu'il me l'a racontée, après le rappel de quelques principes vieux comme l'aviation.

L'intérêt du différentiel d'ailerons

C'est bien simple, quand un aileron s'abaisse, il traîne davantage que quand il se lève. En conséquence avec certains profils et certains allongements on observe un lacet inverse, l'aile pivote du mauvais coté du virage et c'est mal parti. Pour corriger le défaut il suffit de commander la dérive dans le bon sens, c'est le pilotage trois axes techniquement parfait mais relativement coûteux en énergie mentale. Une autre solution qui donne toute satisfaction, c'est le différentiel d'ailerons. Si on se débrouille pour que l'aileron qui descend (celui qui traîne) le fasse avec une faible amplitude par rapport à celui qui monte, on applique automatiquement la traînée de l'aile dans le bon sens du virage, l'usage de la dérive devient inutile en vol normal, le lacet inverse est supprimé.

Officiellement, cette méthode peu orthodoxe est interdite par les puristes... Raison de plus pour l'utiliser.

Travaux pratiques

Pour fabriquer une commande différentielle mécanique c'est extrêmement simple, les schémas ci-dessous parlent d'eux même si on se donne la peine de réfléchir un peu, ce qui de temps en temps n'est pas désagréable.

Commandes d'ailerons placées au dessous de l'aile.

Commandes d'ailerons placées au dessus de l'aile.

Commandes d'ailerons placées au dessus de l'aile.

Le dessin ci-dessus est extrait des exellents ouvrages de Maurice Mouton "La construction des modèles réduits d'avion" et "La radiocommande des modèles réduits d'avion" pubiés par la revue "Radio-modélisme" dans les années 1975. On n'a jamais fait mieux depuis. Ne cherchez pas en librairie tout cela est épuisé, par contre j'en ai déja vu en brocante, bonne chasse...

Le problème posé à l'individu sus-nommé était plus compliqué du fait de la forme très creuse de l'aile à taiter, la "recette" ne pouvait pas fonctionner d'une façon simple, une "prothèse" due être rajoutée après entoilage ce qui explique sa protubérance extérieure, crédible finalement, car l'avion date de 1913, très en dehors des limites de l'invention de l'électronique. Voici comment se présente l'objet sur un dessin du cahier d'atelier du type en question.

Je sais le dessin est moche et difficilement compréhensible, c'était juste pour vous donner une idée de la formidable puissance d'esprit de ce gars là (quand il est à jeun) car vous l'avez sûrement remarqué on dirait des dessins de Léonard de Vinci... à la différence que le texte n'est pas écrit à l'envers, en miroir, et de la main gauche.

Ici le dessin des pièces principales en propre, je crois que si Léonard avait connu l'ordinateur il aurait cassé la baraque à moins que sa créativité n'ait été annulée en raison d'un usage abusif....

Le câble supérieur est "décoratif" avec un ressort de faible tension...

Magnifiquement réalisées en laiton soudé à l'étain voici comment se présente le dispositif mécanique du différentiel, vous pouvez en prendre de la graine ou passer votre chemin. En ce qui me concerne je vous conseille fortement la seconde solution car il parait que le bidule (il faut en faire deux aussi...) n'est pas vraiment facile à réaliser pour fonctionner correctement et sans aucun jeu. Il parait aussi, mais cela reste à prouver, que la réussite de l'entreprise est capable d'apporter une très grande satisfaction à son auteur. On peut toujours trouver un certain plaisir à se faire du mal...

Et l'avion vole sans lacet inverse et toc !

Ce texte date de 2005, en 2010 le code à changé, l'individu s'est porté acquéreur d'un "poste" hyperfréquence imbrouillable et programmable.

Impossible de faire autrement pour passer au vol électrique.

Accessoirement il a dû réapprendre à piloter en raison du changement de sa commande de lacet.

C'est bien fait pour lui.

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