La lumière de l'étoile noire

Ce jour, dernier dimanche d'octobre, passage à l'heure d'hiver, tournée des pendules. Cette heureuse initiative permet d'économiser très exactement 289571,333 tonnes de pétrole. Bien sûr que c'est vrai. Personnellement je fais un effort écologique supplémentaire en refusant d'offrir une mobylette à mes chats.

Il fait beau, la lumière de l'étoile noire nous illumine.

Prenez à gauche au premier trou noir, tout droit jusqu'au deuxième et si vous ne tombez pas dans le troisième, vous pourrez admirer l'étoile.

Chat-pitre Premier : Coup de gueule

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Très haut dans le ciel, voici de superbes trainées de condensation. Sept d'un coup, c'est la guerre? Une escadrille de bombardement qui va pulvériser la Principauté de Monaco? Non, non, c'est une bande de pingouins en route pour les plages de Patamérique ou les bordels du Kukutalangue. Dans une trainée entière, on trouve de l'eau en quantité, du gaz carbonique en pagaille et les inoffensifs résidus d'à peine 200000 litres de kérozène. Ainsi donc, sur ma photo du 1/11/05 à 17h07, il y avaient aux environ de un million quatre cents mille litres de pétrole en feu qui se propageaient dans ma gueule d'atmosphère. Bien vu le changement d'heure, très utile pour aider à bronzer la queue des pingouins.

Chat-pitre Second : Coup de foudre

Périgueux 1987, mon premier Championnat de France maquette

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Après avoir créé le ciel et la terre, Dieu songea à trouver un emplacement pour enchâsser la future ville de Périgueux. Après réflexion, il situa l'endroit en France, à 0°44 de longitude et 45°12 de latitude. Ce serait près d'une rivière qui n'existait pas encore et qui s'appellerait l'Isle. Longtemps après ce choix judicieux, un aérodrome nommé Périgueux Bassillac fut fabriqué par les hommes et c'est là que du vendredi 10 au lundi 13 juillet 1987 se déroula un inoubliable championnat de france de maquettes volantes.

Inégalable, inégalé, ce fut la référence absolue de l'hospitalité. Inégalable, inégalé, cela fut aussi la référence absolue du cassé de baguettes... En lumière noire...

Pour l'occasion, j'étais avant-dernier, une performance dont je m'inspire encore régulièrement. Il est difficile d'oublier ses racines.

Voici quelques images et commentaires de ce concours extraordinaire : 61 inscriptions, 45 participants, 14 crashs plus ou moins sévères, sans compter les cabrioles et dans cette histoire je suis sûr que les nombreux déserteurs ne devaient pas être tous innocents, car j'en connais au moins un qui s'était planté avant...

Dans le fol espoir de développer un peu l'ampleur du culte de ma personnalité dont l'exiguité commence à me faire souffrir cruellement, le bal débutera, si vous le permettez, par le récit de mes propre exploits. Merci, merci.

Mon avion, c'était un Dewoitine D 21 daté de 1925. Je l'avais choisi essentiellement pour la forme de son capot qui permettait de loger facilement le moteur en position droite... C'est un critère... Fuselage roofmat, plans classiques entoilés solartex, il n'était pas mal fait, assez bien motorisé avec un 10cc 4 temps et son vol était correct (en dehors de ce concours...). Son plus gros défaut, c'était son train étroit associé au centre de gravité en hauteur, il ne tolérait aucune faute à l'atterrissage. Voici l'objet sous toutes les coutures, en commençant par le grandeur nature.

Dewoitine D 21

Toute la documentation (Docavia, Editions Larivière : Les avions Dewoitine) dont je disposais.

 

Cela vous plairait-il un petit historique de l'avion et de son constructeur ? Le voici, très court :

Cet avion à fuselage métallique était équipé d'un 12 cylindres en W Hispano-Suiza, développant 500 ch à 2 000 tr/mn. Le poids en ordre de vol était de 1 590 kg. Le D.21 fut exclusivement orienté vers l'exportation : Turquie, Tchécoslovaquie, Argentine. Il fit parler de lui en janvier 1926 lors d'une présentation à Bruxelles par Marcel Doret : excellent grimpeur, il montait à 6 000 m en 18mn et à 7 000 m en 24mn. Vitesse horizontale: 262 km/h à 2 000 m.

Emile Dewoitine (1892-1979), génial constructeur aéronautique, aura sorti entre 1922 et 1940, 35 types d'avions différents parmis les meilleurs de son époque. L'Aérospatiale lui doit ses origines. On retiendra le Dewoitine 338, trimoteur de transport (1935) et le Dewoitine 520 (1938), meilleur chasseur français de la guerre mais construit seulement en 200 exemplaires avant la débâcle.. Trop peu, trop tard ! On fera mieux la prochaine fois....

Le modèle

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Envergure 2m, à l'échelle 1/6,4 il pesait 4,7Kg. L'engin était équipé d'une "mitrailleuse électronique" accompagnée d'un dispositif au sol (Diorama) commandé par l'émetteur et capable d'une animation. Le canon tournait en suivant la trajectoire de l'avion, un haut-parleur placé dans la tente imitait vaguement le bruit de son tir et la séquence se terminait par l'explosion d'un pétard placé dans la caisse de munition dont le couvercle sautait... Le truc marchait correctement, sauf bien sûr, le jour du concours... A ma connaissance, personne n'a jamais refait ce genre de système, dommage, c'était marrant. André Cormary avait fait le canon, j'avais fait le reste.

C'était un petit 'tweeter" (haut-parleur céramique spécialisé dans les aiguës) qui faisait le "tac tac" de la mitrailleuse de l'avion, le son était puissant mais fort peu réaliste car trop aiguë justement... Sait-on faire cela aujourd'hui avec les moyens modernes ?

Bourrée Auvergnate

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Après un statique laborieux (Le jury ne voyait rien en raison de son éloignement excessif du modèle et cela le rendait nerveux...), le vol fut très bref (voir le film plus loin) pour une raison toute simple qu'il faut bien vous mettre dans la tête : J'avais décollé avec un trim cabreur, c'est tout !

Cela n'a l'air de rien, mais dans ce cas, comme le modèle oscille d'une aile sur l'autre, on ne pense pas à piquer, ce qui supprimerait instantanément le problème, on se bat bêtement avec les ailerons... Cette chose horrible m'est arrivée deux fois dans ma brillante (si, si...) carrière. Pour l'éviter c'est très simple, il faut faire les essais avec un trim légèrement piqueur et puis nom de Dieu, VERIFIER LA POSITION DES SES GOUVERNES AVANT CHAQUE VOL, c'est compliqué ça ?

Dans le cas du Dewoitine, j'avais tout de même fait un premier vol avant le concours et tout c'était bien passé, je suppose donc que c'est la commande du trim que j'avais déréglée malencontreusement, la preuve c'est que l'année suivante sur le même site de Bassillac, je gagnais de haute lutte un concours maquette avec cet avion, tout avait bien fonctionné, même le pilote et les mitrailleuses... mais avec un an de retard...

En attente. En arrière-plan on voit bien que le jury me guette... Taxiage...

Décollage, suite et fin dans le film...

Devil dancing et caprices des Dieux

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La Cène

Les apôtres : Saint Jean-Claude, Saint Yvon, Saint Jean et Saint Jean

Yvon Mourier nous a quitté en avril 2008, on t'aimait, que la paix soit avec toi "Grand Couillon"

Le jugement de Saint Pierre

Gloria in excelcis Deo

Seule la photo pouvait révéler la déformation subie par la structure qui tient les flotteurs du Bernard 120, lors du contact avec la piste.

Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatòribus , nunc et hora mortis nostrae

Amen

Le paradis

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En ce temps là, possédé du Démon, le Prophète Jean, refusait d'entrer au Paradis malgré les prières de l'Ange René et de l'Archange Lucien (Evangile selon Saint Mathieu, XIX, 3-6)

Epilogue

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Tout d'abord, une courte revue de presse par des amis pleins de mansuétude : Merci.

Alain Vassel est lui aussi un nouveau venu, bien qu'il soit déjà bien connu pour ses participations en coupes Schneider. II avait amené ici un superbe Dewoitine D21 avec lequel il voulait nous faire une présentation en vol assez particulière, avec mitraillage d'un mini poste de DCA et explosion de celui-ci... Malheureusement, son avion, qui n'avait pas volé avant les championnats, sera endommagé au décollage, car extrêmement instable pour cause de centrage. Il se battra une bonne dizaine de secondes au ras du sol pour ne pas le planter complètement... Cela se soldera par un mat arraché et quelques plis dans l'entoilage, mais raisonnablement il décidera d'en rester là et de ne plus revoler ! A noter qu'Alain Vassel pilote avec une radio monomanche de sa conception.

Laurent Michelet

 

 

Un dernier mot sur Alain Vassel qui avait prévu une animation originale: au sol, deux militaires près d'une tente avec une mitrailleuse sonore et une caisse de munitions; dans l'avion, une mitrailleuse, elle aussi électronique, équipée d'un haut-parleur placé sous le fuselage, derrière le radiateur d'huile du Dewoitine 21. On se mitraille mutuellement, le servant de la mitrailleuse est touché et tombe, un fumigène se déclenche, la caisse de munitions explose. Hélas, un centrage trop arrière ne nous a pas permis d'apprécier.

Pierre Rousselot

On accuse toujours le centrage, dans ce cas c'était faux !

En raison des effets néfastes de la lumière noire, très courte fut la carrière de cet avion, mais le choc psychologique de la défaite enclencha un processus de rebellion qui aboutit à la conception très rapide d'un modèle plus flatteur et surtout plus glorieux historiquement : L'Arc en Ciel de Mermoz "arc.htm"

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Le Film de Jean-Louis Molat

Périgueux 1987

http://www.youtube.com/watch?v=LF5wM-v893Y

Finalement il est toujours là... auréolé de lumière noire, de fausses taches de cambouis et de vraie poussière...

Et il a gagné tout ça...

Un badge
Une coupe... Eh oui !
Un diplôme... Mais si !

Avec en prime l'incontestable véracité de "l'excellente présentation"....

Dernière mise à jour : 6/03/2008

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