10 ème anniversaire de la Coupe Schneider en Italie

Alain Vassel

****

Il a gagné !

Le Piaggio PC 7, conçu, construit et piloté par Alain Vassel a remporté cette coupe Schneider; rappelons que c'est la première maquette de cet avion au monde, qui réussit à voler et à décoller par ses propres moyens. Le mois prochain, son concepteur vous dira tout dans MRA: Article, photos, plans.

Gavirate, 8-9 octobre 1988

La Coupe Schneider en Italie va fêter ses 10 ans d'existence et, à la joie d'une rencontre annuelle de passionnés, s'ajoute l'émotion de participer à un prestigieux anniversaire modéliste, 75 ans après le début de la compétition grandeur en 1913 à Monaco. Un temps merveilleux, une pléiade de très beaux modèles, une ambiance sympathique et décontractée et la victoire française d'un avion italien, cette 10e édition fut une réussite et l'exemple à méditer d'une rencontre qui a su concilier l'amour de l'Aviation et la rigueur de la compétition.

Le Piaggio termine son déjaugeage et le moteur thermique vient d'être embrayé

Les voyageurs Auvergnats

C'était ma troisième participation à la Coupe et, bien que je n'ai pas présenté de modèles nouveaux, l'été a été juste suffisant, avec l'aide de Guy Tachet et Jean-Louis Molat, pour mettre au point le Savoia, le Morane et le Piaggio. C'est sans avance aucune, en travaillant encore la veille du départ, que nous avons embarqué le matériel, puis effectué les quelques 700 km qui séparent Clermont de Gavirate, sur le lac de Varèse.

En arrivant, le premier réflexe des Français est de goûter aux pâtes et au vin blanc. Nous avons, cette année encore, sacrifié, mais c'est un bien grand mot, à la tradition : La gastronomie c'est encore du modélisme, la preuve, c'est que le prochain championnat d'Europe maquette aura lieu à Périgueux...

Un accueil à l'Italienne

Après le repas, concurrents et officiels commencent à s'installer au bord du lac, c'est un bien agréable moment de retrouver ses amis, parfois après un an de séparation. Chacun débarque son matériel, puis les 14 modèles sont rassemblés sur l'herbe et présentent un très beau spectacle.

Le public, discret au début, devient de plus en plus dense et peut circuler librement autour des modèles. C'est impressionnant de sentir que ces gens ne sont pas venus par hasard, mais par amour de la mécanique et de l'aviation, c'est un public de connaisseurs, les discussions sont animées, les questions précises et les photographes très actifs.

Les épreuves statiques

Le statique s'est déroulé dans de bonnes conditions avec 5 juges. Trois Italiens : MM. Gale, Borroni, Taberna et deux Français : Jean de Besombes et Jean-Claude Requet.

La note la plus basse et la note la plus haute ont été supprimés lors des calculs, dans le but d'éviter des notes excessives dans un sens comme dans l'autre, c'est sans doute une bonne solution, à condition de trouver 5 juges, ce qui n'est pas si facile.

La cena : le repas de Gala

Le traditionnel repas du soir a eu cette année un éclat particulier. Pour fêter le 10e anniversaire, le directeur général de Aermacchi, créateur du chasseur MB 339, Ermano Bazzochi qui était l'invité d'honneur, a remis à Jean-Claude Requet pour sa participation active à toutes les Schneider et à moi-même pour le premier vol du Piaggio l'an dernier, deux superbes plaquettes à notre nom. C'est un extraordinaire hommage que nous n'oublierons jamais.

La fin de soirée fut marquée par une surprise hors du commun, l'exposition d'une série de petites maquettes Schneider réalisées en bois, toutes à la même échelle et d'une qualité de construction et de finition absolument incroyable (j'avais une envie folle de mettre le petit Piaggio dans ma poche !). Chacun de nous a été fasciné par une telle collection qui ne constitue qu'une petite partie des modèles de M. Taberna. Cette oeuvre unique doit être exposée dans un musée, elle rend son créateur tout à fait digne de prétendre juger n'importe quel concours maquette !

Une des magnifiques maquettes en bois de M. Taberna : Le gloster VI

D'autres sont visibles à la fin des pages "Savoia" et "Piaggio"

Dimanche : les vols

Alors que le samedi un vent assez violent agitait le lac, celui-ci était parfaitement calme le dimanche et le ciel sans nuage: Un temps idéal.

Les hydravions Schneider ne sont pas tous de sujets faciles et les difficultés furent nombreuses, chacun a eu sa part de problèmes et, finalement, peu de vols furent entièrement réussi.

Les hydravions à flotteurs comme le Supermarine S5 de J. Doyen, le Fiat C29 de G. Fagioli et le Macchi-Castoldi MC 72 de G. Pagani ont eu d'énormes difficultés d'hydroplanage. Certains modèles sont affectés de violentes oscillations d'un flotteur sur l'autre rendant impossible la prise de vitesse. L'origine de ces mouvements est assez obscure, elle est peut-être liée au parallélisme des flotteurs.

Le Macchi M 33 de P. Bellingeri

Le Savoia S 21 de E. Bizzozero

Les machines à coque par contre, déjaugent extrêmement facilement, certains firent de très beaux vols comme le M7 de Martegani ou le M33 et le Blanchard de P. Bellingeri. D'autres firent leur premier vol comme le Savoia 21 d'Ettore Bizzozero malheureusement sous-motorisé avec un 3,5 cm2 4 temps, ou le M 17 de G. Fagioli avec son très beau faux moteur, mais qui manque de mise au point.

Mes trois modèles ont subi des fortunes diverses: Le Morane a été l'objet d'une violente interférence au milieu du dernier tour et il est revenu intact par miracle. Le Savoia a eu moins de chance, touché au même endroit, il est passé sur le dos puis a plongé dans le lac. Après quatre ans de loyaux services le S 65 a péri comme le vrai sur un lac italien. Curieuse coïncidence, son pilote était aussi celui du Piaggio.

C'est le Piaggio qui a fait le meilleur vol. Après une sortie de l'eau sans aide, il est monté sur ses foils, mais en allant trop vite (le stress) il a cassé son gouvernail et j'ai dû le reposer sur l'eau puis virer doucement au moteur électrique et redéjeauger pour décoller en évitant le bateau de récupération parti prématurément.

Les 5 tours du circuit furent parcourus sans difficulté, l'hydravion vole comme un multi, il est très doux aux commandes et parfaitement stable. L'amerrissage, malgré la vitesse assez élevée est facile, sans rebonds et, avec un filet de moteur, on peut revenir en hydroplanant.

En conclusion

L'ambiance de ce 10e anniversaire a été appréciée de tous, et comme le faisait remarquer G. Fava, dessinateur au MRA, la victoire d'un avion italien piloté par un Français n'a déçu personne et j'ai la joie, non seulement d'être vainqueur, mais aussi de ressentir l'estime de mes amis Italiens. La Schneider vivra, un magnifique trophée m'a été remis, pour l'acquérir définitivement il faut gagner trois fois. Combien de Français l'an prochain ?

Concurrent
Modèle
Statique
Vol
Total
Vassel A. PC7 1 113,9 1 146 2 259,9
Martegani C. M7 1 160,2 1 057 2 217,2
Bellingeri P. M33 827 887 1 714
Fagioli G. M33 837,5 768 1 605
Bellingeri P. Blanchard 804,1 690 1494,1
Bizzozero E. S21 733,5 683 1416,5
Doyen J. S5 1 063 0 1063
Vassel A. S65 950,5 0 950,5
Vassel A. Morane 947 0 947
Fagioli G. M17 922 0 922
Martegani C. Farman 908,4 0 908,4
Fagioli M. C29 899 0 899
Pagani G. MC72 718 0 718

m.r.a. n° 590 Janvier 1989

Mon impression d'aujourd'hui (2005)...

Pas très prolixe le rédacteur, il avait gagné la Schneider avec une machine impossible... Quoi de plus normal.... J'espère que vous voudrez bien excuser mes platitudes de l'époque et prendre en compte la prose un peu plus émotive de la page Piaggio.

Chaque âge a ses faiblesses...

On notera aussi que la compétition était féroce... Sept vols à zéro... Cela me fait penser aux zéros dont j'écopais régulièrement aux dictées à partir de 5 fôtes (!) en comptant les virgules... J'ose à penser que depuis ce temps là j'ai fais quelques progrès... Grâce à la correction automatique surtout... C'est quand déjà que l'on avait parlé de réformer l'orthographe moyennageux (geuse...) dont nous disposons ? On attends de se faire bouffer par l'anglais ? Ah d'accord... Alors c'est trop tard...

Affichage "Tanière"

Affichage de l'Accueil si vous êtes perdu