Dimanche matin, 9 octobre 1988, amerrissage du Piaggio à Varèse, photo Ron Moulton

Réaliser un hydravion sans coque ni flotteurs, aigu comme une pointe à tracer, c'était le rêve des Italiens passionnés de Coupe Schneider dans les années vingt. Giovanni Pegna et son équipe ont osé le faire en 1928 et ils ont presque réussi, l'avion fut construit, essayé en hydroplanage puis abandonné par manque de temps et de moyens.

Dommage car l'idée était bonne, remplacer les flotteurs par des "ailes marines" était génial surtout que cette invention (Thornycroft 1877, Lambert 1881) fut expérimentée par les Italiens en 1905 et 1906 sur les hydroptères de Forlanini, Crocco et Ricaldoni, puis sur un hydravion à flotteur par Guidoni et Croco à partir de 1907 avec un essai réussi en 1911 et des études jusqu'en 1921.

 
 

L'hydroptère de Forlanini en 1905

L'hydroptère de Crocco et Ricaldoni en 1906

Toujours visible près de la base de Vigna di Valle (A 40 Km au nord de Rome) qui aujourd'hui accueille le Musée de l'Aeronautica où il est gardé

Magnifiquement construit, miraculeusement conservé et merveilleusement restauré

http://forummarine.forumactif.com/italie-f9/hydroglisseur-de-crocco-e-ricaldoni-1906-t2811.htm

http://www.hydroretro.net/etudegh/inventions.pdf dans http://www.hydroretro.net/index.html

Une photo de Franco Bugada

Le brevet Américain de Gaetano Arturo Crocco daté de 1908:

https://www.google.com/patents/US1187268?pg=PA1&dq=Crocco&hl=fr&sa=X&ei=O_DsUuaYJYWl0QXrloCQBw&ved=0CHkQ6AEwCDgU

L'hydroptère de Forlanini en 1906 (hélice marine), on voit bien les plans en échelle

http://www.aerei-italiani.net/Forlanini.htm

Les foils

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Le principe des "ailes marines" que l'on appelle aussi des "foils" est tout à fait simple, c'est le même que celui des ailes aériennes car toutes les surfaces profilées qui se baladent dans un fluide fonctionnent de la même façon avec une dépression sur l'extrados et une pression par dessous. A noter que le principe des "hydroskis" (comme sur le Convair "Sea Dart" à réaction de 1952, ci-dessous) est différent car le système fonctionne comme un ski nautique...

...avec d'épouvantables vibrations sur les vagues qui arrachaient le coeur des pilotes...

Au contraire des foils qui "tranchent" la vague en douceur en agissant dans le liquide soit en position totalement immergée, soit en semi-immergé.

Les foils semi-immergés sont les plus simples car ils assurent par leur "dièdre" (prononcé!) la stabilité automatique de la machine (comme en avion), ils équipent depuis longtemps des unités marines.

Ce sont pratiquement les seuls utilisables sur les grands voiliers "volants" comme celui d'Alain Thébault en 2005

http://www.hydroptere.com/

Mais des engins (sportifs!) de taille plus petite fonctionnent bien avec des foils immergés et un système de palpeur (tige située à l'avant droit):

http://membres.lycos.fr/monsonnec/

http://foils.wordpress.com/

Et aussi par la seule force musculaire !

Associée à l'instinct de survie...

http://www.human-powered-hydrofoils.com/

http://www.koreus.com/video/aquaskipping.html

Ci-dessous, Le Denison, équipé d'un "hydroréacteur" a traversé l'atlantique en 1962 avec des pointes à 160Km/h...

Ses "ailes" pouvaient se relever pour naviguer "normalement"...

Le défaut des "ailes" semi-immergées qui fonctionnent à l'interface avec l'atmosphère, c'est le phénomène d'aération (ou ventilation). L'air à tendance a être aspiré par la dépression de l'intrados et cela peut conduire à une perte brutale de portance. On combat ce défaut en plaçant des cloisons sur l'envergure, elles sont bien visibles sur le foil de droite du grand voilier sous la forme de points blancs près du bord d'attaque.

Une solution plus radicale pour supprimer l'aération c'est l'aile totalement immergée, mais comme on perd alors sa stabilité automatique il faut, sur les grosses unités, la piloter en permanence avec des systèmes complexes de radars pour garder la bonne altitude au dessus de l'eau et puis quand la vitesse augmente ces ailes peuvent "caviter" en formant des bulles de vapeur capables de détruire leurs parois....

Rien n'est simple dans le domaine de l'hydroptère d'autant plus que toutes ces ailes sont particulièrement sensibles à la présence d'obstacles flottants à la surface de l'eau...

Seuls les militaires (US...) ont les moyens de se payer ces ailes immergées pour chasser le grand méchant loup de mer...

Je n'ai pas d'indications sur le fonctionnement des "échelles" de Forlanini en 1906 mais l'idée était valable car elle fut reprise par Graham Bell et Frederick Walker en 1919 pour établir un record de vitesse sur l'eau (plus de 120 KM/h) avec un engin extraordinaire que l'on peut voir ci-dessous, maquette et grandeur.

Les mêmes plans en échelle étaient visibles aussi en 1952 sur le "WHITE HAWK" de Frank and Stella Hanning-Lee avec un profil particulier en forme de hache (sans doute anti-cavitation) (photos de gauche) et sur d'autres engins étranges des années 40 et 50 (Life novembre 1954)

De nombreuses vues sont extraites d'un site spécialisé sur les ailes marines : The International Hydrofoil Society http://www.foils.org/

Voir également le site d'un modéliste qui est aussi marin et aviateur...! : Claude Tisserand http://puceduciel.free.fr/

Ne pas rater ces pages passionnantes :

http://foils.wordpress.com/

http://foils.wordpress.com/category/1/

http://feeds.feedburner.com/foils

Le Piaggio-Pegna Pc-7

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Le Piaggio-Pegna PC7, conçu par le Docteur Giovanni Pegna, était un hydravion prévu pour la Coupe Schneider, la fameuse course des hydravions de vitesse qui fut surtout un grand match entre les hydravions anglais, italiens et américains. Les français vainqueurs de la première édition avec le Déperdussin de Prévost en 1913, n'ayant plus jamais, par la suite, été dans la course.

La Coupe Schneider

En Italie, l'enthousiasme pour cette compétition suscita une recherche poussée des formules nouvelles et fit naître de pures merveilles d'aérodynamisme comme les Macchi M39, M52, M67, le Savoia S65 et bien sûr le fameux Macchi-Castoldi MC72 détenteur pour l'éternité du record absolu de vitesse pour hydravion à hélice depuis le 23 octobre 1934 avec 709Km/h.

L'étude la plus avancée pour supprimer au maximum cette "maudite trainée", fut sans doute celle de ce Pc-7 après tout un cheminement intellectuel dans une recherche de la finesse, sans utilisation d'une puissance moteur excessive, lorsque Pegna décida d'utiliser ce qu'il appelait des "ailettes hydroplanes" pour se débarrasser de ces flotteurs qui l'avaient considérablement ennuyé dans ses études précédentes...

Dès le début de la réalisation, Pegna se heurta à des difficultés et à des indécisions qui comptèrent lourdement sur les délais prévus d'expérimentations ultérieures. Le moteur envisagé (à cause d'un intérêt de Fiat pour la formule) fut d'abord le 1.000 ch de cette firme. Lorsque Fiat se retira de l'affaire, il fallut se tourner vers Isotta-Fraschini et recommencer une étude difficile portant sur les transmissions et les embrayages.

L'avion fut construit par Piaggio, dont il devenait le type N°7, entièrement en bois et le principal soucis du concepteur et des constructeurs fut de le rendre complètement étanche (l'appareil au repos sur l'eau étant immergé nez bas au 2/3) y compris les ailerons et les empennages. Lors des parcours marins à faible vitesse le moteur "respirait" par le trou d'homme du cockpit, car la grande idée de Pegna, en dehors de l'utilisation des foils, était d'utiliser une hélice marine embrayée sur le moteur pour faire prendre de la vitesse à l'appareil, qui, monté sur ses "patins" ce qui maintenait le nez à une hauteur suffisante, mettrait en route son hélice aérienne pour assurer le décollage.

Malgré sa très belle architecture, son aile courte et elliptique et son merveilleux fuselage conçu comme un canot de course, le Pc-7 était complexe et chacune des innovations qu'il comportait aurait nécessité une expérimentation complète. Or Pegna était pressé par le temps, par exemple ce n'est qu'en décembre 1928 qu'il découvrit que les ennuis à l'hydroplanage provenaient pour une part du phénomène de cavitation (On doit parler de ventilation ou d'aération) et qu'il y aurait lieu d'améliorer les plans des ailettes, ce qui ne put être fait l'avion devant théoriquement être prêt pour la Coupe Schneider de 1929. Les prises d'air, les échappements, le système de refroidissement, les hélices employées, autant de difficultés qui furent résolues "tant bien que mal", Pegna le déclara lui-même...

Car ennuis sérieux il y eut, pour le pilote Dal Molin, l'appareil tenait mal nez haut sur les "hydro-skis", retombant souvent et pas toujours dans l'axe, à cause non seulement du phénomène de "cavitation" des plans pas complètement maîtrisé par Pegna mais pour une raison plus triviale, l'hélice marine avait un mauvais rendement car son embrayage inondé d'huile patinait... De plus la partie arrière de l'appareil hydroplanant en posture cabrée était enveloppée par l'eau soulevée par les skis et l'hélice et perdait beaucoup de finesse et d'efficacité. Il semble que le pilote n'ait jamais osé mettre en marche l'hélice aérienne, ne pouvant compter sur une complète stabilité de fonctionnement de la partie marine. Il aurait fallu une mer absolument calme, ou un lac, pour réaliser la délicate opération de décollage et affronter ensuite un amerrissage problématique...

Cette incroyable tentative, d'une grande avance technique pour l'époque, avait réuni autour de Giovanni Pegna des hommes de grande valeur comme les ingénieurs Gabrielli, Luotto et Arrigoni. Malheureusement le Pc-7 n'ayant pu participer à la Coupe Schneider de 1929, Piaggio et la Regia Aeronautica retirèrent leur appui à l'inventeur. L'étrange monstre marin disparut de la scène aéronautique...

Moteur Isotta-Fraschini V12 spécial de 800 ch (2.600 tr/mn)

Envergure 6,76m. Longueur 8,86m. Hauteur 2,45m. Surface alaire 8,45 m2

Charge alaire 169,5 kg/m2. Poids à vide 1.406 kg. Poids total 1.686 kg.

Vitesse calculée 600km/h

Texte inspiré du "Fanatique de l'Aviation" N°21 d'avril 1971

La plus belle photographie d'un profil parfait

Le Piaggio "flotte" tout seul dans l'air..... La photo non retouchée est ci-dessous

Navigazione...

... et bains de mer...

... dans une ambiance fantastique !

Certains documents sont extraits du site : http://www.aviogatti.it/piaggio1.htm

Très belle allégorie du "Rêve absolu"...

 

Des maquettes: Celle de droite est volante à moteur coutchouc

Maquette au 1/72

D'un ami Anglais, j'ai reçu un jour en cadeau cette superbe maquette en métal.

Comme j'étais incapable de le faire, elle fut peinte par Raymond Magnani et je la conserve précieusement...

... dans une toute petite boite, car elle est grosse comme une puce...

Images de synthèse

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http://doz.jp/wordpress/

Maquette au 1/48

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Cette maquette exceptionnelle est due au talent de Stéphane Colin.

Les détails de construction sont (étaient...) visibles ici:

http://www.colleurs-de-plastique.com/forums/showthread.php?54151-Piaggio-Pegna-PC7-1-48-Scratch-moule-resine

http://fighters.forumactif.com/t55967p15-piaggio-pc-7-scratch-1-48-premier-montage

Comme cette construction est très complexe (élaboration d'un moule), il faut lire jusqu'à la fin.

L'acquisition d'un exemplaire est possible.

Les trésors du web

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C'est un ami Belge, (Je peux dire amoureux du Piaggio mon cher Uriel ?) qui a déniché (14/10/2005) une autre photo de l'appareil grandeur...

.... et des photos de maquettes

 
 

 

Et surtout, il m'a donné cette adresse (http://naca.larc.nasa.gov/digidoc/report/tm/91/NACA-TM-691.PDF) qui cessa hélas d'exister un jour, comme une autre adresse retrouvée par Paul Lucas (voir plus bas), qu'il me communiqua le 24/12/2012, obsolette aussi au bout de quelques mois !

http://ntrs.nasa.gov/archive/nasa/casi.ntrs.nasa.gov/19930094725_1993094725.pdf

Il faut cliquer sur l'adresse ci-dessous:

http://www.avia-Idee_sugli_idrovolanti_da_corsa.pdf (ce lien très long a été rogné, cliquer ne pas copier)

On y trouve, un texte de Giovanni Pegna, de nombreuses données, photographies et dessins sur le Piaggio et sur les différents projets de cet homme décidement très imaginatif. Parmi certaines images du premier site on trouvait des photocopies dont la qualité particulièrement médiocre apporte un charme fou totalement surréaliste...

C'est bien lui ! Il sort de l'eau avec l'hélice horizontale.... Que lui manquait-il pour décoller ? Une mise au point c'est tout!

La preuve !

Grumman G-21 expérimental

http://www.lisa-airplanes.com/fr

Un plan ou l'on note l'angle d'attaque des foils en position marine : 10° ! Je retrouve l'impression, que j'avais eu à l'époque de la construction, d'un angle d'attaque trop faible si l'avion se met en ligne de vol pour décoller.

 

A gauche, les hélices et en bas la mise à l'eau de l'hydravion vu de face. On voit que l'hélice marine, à pas variable, pouvait se mettre en drapeau pour gagner encore un peu sur la trainée ! L'image au dessous de cette hélice représente un bateau expérimental.

A droite, différentes possibilités d'ailes marines, on reconnait des plans en échelle et des foils à l'envers (!) que l'on retrouve sur l'extraordinaire hydravion "Lisa Airplanes" du 21ème siècle visible ci-dessus...

Autre lien (en italien)

http://it.wikipedia.org/wiki/Piaggio_P.7

Giovanni Pegna avait plus de 80 ans d'avance sur son temps...!

Des photos de construction, empennage, fuselage, radiateurs...

D'autres photos dans le page ci-dessous.

http://it.wikipedia.org/wiki/Piaggio_P.C.7

 
 

Une série de projets qui n'ont pas vu le jour. A droite le flotteur était sensé pouvoir se déplacer par rapport au fuselage. A gauche c'était le PC1 avec un arbre de transmission basculant.

Très difficile à réaliser en grandeur il a été fait avec succès en modèle réduit par Pietro Masciocchi pour la 14ème Coupe Schneider.

Et puis sans doute des maquettes d'étude

La mise en ligne de certains des documents ci-dessus date du vendredi 21/10/05. Le lendemain Guy Tachet me donna un exemplaire des "Ailes" en date du 4 aout 1932 dans lequel on peut lire un article de Giovanni Pegna qui "m'explique" comment il a réalisé le "Pc-7"....

Une confirmation de plus que le hasard n'existe pas...

Je retrouvais, de bien meilleure qualité, quelques unes des photos ci-dessus et bien entendu les explications fort instructives du constructeur. Avec émotion, je dois le dire car c'était la première fois que je "dialoguais" à travers le temps, directement avec lui, comment s'est-il débrouillé pour me faire parvenir son texte exactement au bon moment ?

Là, j'ai une poussière dans l'oeil... Merci Giovanni.

Cliquer sur l'image.

Dans cette page on peut lire aussi l'avis scientifique de Paul Lucas, aérodynamicien.

Autre lien en date du 28/7/1932:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6560176j/f9.image

12-01-2013

Mon aventure avec le Pegna PC-7

Par Franco Bugada

Cliquer sur l'image.

La genèse de la maquette volante

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C'est à partir de cette "formidable" documentation que la maquette "exacte" du Piaggio PC7 fut extraite d'un bloc de polystyrène après une longue réflexion (fomentée entre moi-même, Dominique Ramentol et quelques vapeurs d'alcool) à l'issue de laquelle nous tombâment d'accord sur des points essentiels: D'abord, il "fallait" faire cette machine, ensuite il fallait entrainer l'hélice marine avec un moteur électrique et puis aussi il fallait mettre un embrayage d'hélicoptère et puis aussi on verrait bien par la suite... s'il y en avait une... De vol, il ne fut pratiquement pas question et c'est tant mieux, car si on l'avait évoqué trop fort, je n'aurais jamais eu le courage de commencer...

Dans l'histoire j'avais une arme secrète, imparable... l'hydroptère, que vous avez peut-être vu dans la page "Préhistoire" et que l'on voit naviguer brièvement dans le film "super8". Cet appareil que j'avais assez longuement "bidouillé" pour obtenir un fonctionnement correct m'avait appris deux éléments essentiels, la forme du profil et son calage. Pour la forme, c'était net: Plan convexe symétrique (comme la lentille du même nom...) et pour le calage c'était 5 ou 6 degrés.

Ces éléments avait été retenus de mémoire, simplement, de façon naturelle, allez savoir pourquoi... Car bien évidement l'appareil avait disparu depuis longtemps!

Justement, en regardant les plans et photos du Piaggio on voit nettement que le profil est plan convexe symétrique... tiens tiens... mais que par contre le calage semble être voisin de zéro en position de décollage... ah, ah...

Conclusion : Le profil était bon (c'était le meilleur de tous ceux que j'avais essayé, les profils classiques genre biconvexes à bord d'attaque arrondi ne donnaient rien) mais le calage était mauvais (j'avais essayé tous les angles...). Alors les italiens auraient pu se planter dans leurs calculs ?... Possible. Cela n'était pas mon cas car j'ai horreur des mathématiques (c'est génétique) avec leur foutue tentation a vouloir diriger le monde et puis aussi parce que je crois que la puissance du chiffre peut s'écrouler devant la réalité des faits... si on est modeste...

Un formidable raisonnement qui doit être valable à condition que l'effet d'échelle entre le grandeur et la maquette ne conduise pas à des considérations erronées!

Bref, les décisions furent prisent rapidement, elles étaient les suivantes :

- Dimensions : Celles de la voiture (A l'intérieur... sièges repliés) pour une longeur d'un mètre soixante dix, cela donnait une envergure de 127cm... aïe! et une surface alaire de 35dm2.. aïe... aïe... aïe...

- Charge alaire inconnue. Echelle 1/5,2

- Le moteur thermique serait un "45" parce que j'en avais un, issu d'un défunt hélicoptère...

- Le moteur électrique serait un Mabuchi classicus du modèle que je réussirais à trouver chez mon commerçant préféré.

- La construction serait "tout mousse" naturellement.

- Les foils seraient calés aux environs de 5° par rapport à l'axe de référence (axe moteur et plan stabilisateur).

Des caractéristiques aussi pointilleuses cela s'appelle un cahier des charges non? Alors c'est pour ça que je griffonne mes éclairs de lucidité sur un cahier d'écolier de marque "petits carreaux"....

Construction : Deux mois !

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En relisant aujourd'hui en 2005 les comptes-rendus que j'avais fais à l'époque j'ai crû défaillir.... Début de la construction: Fin juin 87. Premiers essais : jeudi 3 septembre 87 vers dix heures du matin... deux mois pour faire un truc pareil... Je rêve...et pourtant c'est exact.

A l'époque j'étais jeune, beau, intelligent et sérieux (!) c'est vrai, mais j'ai du mal à me croire, Dieu que les temps ont changés (les tempes aussi...). Voici quelques rares photos de construction (pas le temps d'en prendre d'autres!) à partir du bloc initial de roofmat.

A gauche, premières tailles puis passage à la scie à ruban puis évidement intérieur. A droite, montage des foils.

Les ailes furent découpées au fil chaud (on voit deux nervures en formica sur la seconde photo). Une peau de tissu de verre enduite d'époxy recouvre le modèle sauf pour l'empennage en structure classique qui reçoit un entoilage en solartex. Pour l'aspect technique "tout roofmat" voir le ici et

Le plan et d'autres détails de construction sont visibles dans cette page : piaggiomra.htm

Première sortie

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Ci-dessous, les images de la première sortie du 3 septembre 1987.

 

Montage, puis mise à l'eau (difficile!) par Patrick Denoyer

Essai décevant du moteur marin qui n'était pas du tout au point...

Premier hydroplanage sur les foils avec les deux moteurs

A condition de pousser un peu l'avion pour qu'il sorte de l'eau...

Merci Patrick d'avoir sû réussir à chaque fois cette délicate opération. Un film (voir un peu plus bas) réalisé par Jean-Louis Molat montre toute cette séquence et puis aussi nos aventures du samedi et du dimanche de cette fin de semaine exceptionnelle au bord du lac de Varèse en Italie.

Varèse 87 : Neuvième coupe Schneider

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Arrivés à Varèse le vendredi soir, nous avons campé au bord du lac, mangé des pâtes, bu du rosé et chanté des chansons de corps de garde jusqu'a 5 heures du matin....

Enfin presque !

Le samedi, il y avait du monde autour des hydravions et sans me vanter (c'est pas mon genre...) le Piaggio attirait tous les regards et tous les commentaires, personne n'osant croire que l'objet puisse hydroplaner, décoller et voler. La question de l'amerrissage sur les patins ne se posait même pas... Pour ma part, il me semble que j'étais serein et confiant car ma bonne étoile se donne la peine d'apparaitre de temps en temps.

En fait l'atmosphère était étrange, faite de curiosité de crainte et d'espoir.

Les Italiens, qui depuis 59 ans, voulaient savoir si les idées de Giovanni Pegna étaient "fonctionnelles", redoutaient certes un échec de la tentative, mais ils apportaient en masse, une foi collective si puissante, qu'on la sentait capable de catalyser la réussite d'un vol ressenti comme "leur" victoire.

Je n'ai plus jamais éprouvé par la suite une passion aussi vibrante pour l'aviation dans le domaine modéliste.

(Sauf peut être pour le premier vol du Bolchoï à Feurs en 2005...)

C'est ainsi que poussé par la Grâce et par la main de Patrick, le Piaggio, au milieu de l'après-midi, s'élança sur "ses petites pattes" en parfait équilibre, puis après un virage à 180° sur l'eau qui démontra sa parfaite maniabilité marine, il accéléra très facilement puis ayant atteint sa vitesse de sustentation il décolla tout seul magnifiquement, auréolé du hurlement des personnes présentent....

La suite fut moins brillante, certes l'hydravion tenait l'air, en somme il volait, mais son épouvantable instabilité sur tous les axes trahissait manifestement un défaut majeur... Il était mal centré ! Et de fait après quelques cabrioles incontrolables ce qui devait arriver arriva, un crash vertical termina brutalement la tentative.

Malheur de malheur !!! Les débris furent récupérés sans problème (le polystyrène ça flotte bien...) et on étala le bazar sur une table. De la pièce fracassée il y en avait de toutes les formes et de toutes les couleurs, mais après examen, comme le longeron de l'air était intact, je décrétais qu'il était possible de réparer à condition de disposer de suffisement d'époxy rapide (Merci aux Italiens qui l'on apportée) pour recoller les morceaux.

C'était le gros avantage de cette technique de construction, un avion en bois aurait été totalement pulvérisé par la violence du choc. Il faut remarquer aussi le gros intérêt de "l'élasticité" de l'eau car si le même crash avait eu lieu sur du béton on n'aurait même pas retrouvé la poussière du modèle....

Le lendemain, après réparation dans la matinée (!) (on voit le vénillia sur l'aile), le modèle centré à 15% de l'aile au lieu de 20%, vola à peu près correctement...

...après quelques galipettes...

...et avoir admis qu'il fallait détordre les foils, visiblement tordus sur la photo...

...il accepta même de faire un amerrissage convenable...

Comme l'avion réel n'avait pas décollé, un vol de ce type représentait semble-t'il une première mondiale, toutes catégories confondues modélisme et grandeur...

La Déesse de la Mer veillait sur moi...

A propos du centrage tellement médiocre lors du premier vol, l'explication est toute simple, la présence de foils et de leurs bras-support ajoutées à celle de l'avant du fuselage constituent des surfaces non négligeables devant l'aile dont il faut bien évidemment tenir compte... et c'est ainsi que le centrage final de la machine échoua finalement au alentour de 11%.... de l'aile!

Les deux films suivants vont illustrer beaucoup mieux que mes explications alambiqués les extraordinaires sensations que nous avons vécues au cours de ces deux journées exceptionnelles :

Le film de Jean-Louis Molat

Schneider Varèse 1987

http://www.youtube.com/watch?v=Z2IeENmmHXg

Le film réalisé par Cesare de Robertis

Schneider Varèse 1987

http://www.youtube.com/watch?v=tRZakpwHXGg

Avec les commentaires du frère de l'auteur (Film noir et blanc en raison du format video MESECAM utilisé en Italie).

Voici des séquences couleur du même film consacrées au Piaggio.

 

https://www.youtube.com/embed/1kOy-NzCOVI

Vous trouverez dans "La Tanière", les articles de revues consacrés à cette Coupe Schneider dans quelques langues Européennes (Italien, Anglais, Allemand)

On peut voir ici d'extraordinaires séquences sur la Schneider 1981 à Gavirate.

http://www.youtube.com/watch?v=1f2pi93xWrc

Année 1988 : Garabit

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Après le vol du 6 octobre, l'avion dût être partiellement reconstruit.

Les blessures du fuselage furent pansées, l'aile, les foils et leurs supports furent refaits.

Au printemps, le Piaggio était prêt dans sa deuxième version : Centrage 11%, batterie optimisée (14 éléments de 250mA... fichtre!), petite hélice marine à faible pas, changement de bougie sur le moteur thermique avec 14000 tours à la clé...

Nous avions fait quelques essais marins pour vérifier le déjeaugeage autonome (suppression de la "poussette"...), dans quelques marécages putrides infestés de crocodiles... plus de lac attitré, le pêcheur de requin d'eau douce ayant définitivement gagné la partie, grand bien lui fasse...

En aout 88, première sortie "officielle" sur le plan d'eau de Garabit près de Saint-Flour

Séance photo avec Pierre Rousselot et vol complet

A droite, démarrage à la courroie

Déjaugeage et hydroplanage

Accélération

Décollage et vol

Amerrissage et retour

Un autre film de Jean-Louis Molat mémorise l'évènement.

Piaggio Garabit

http://www.youtube.com/watch?v=c_dKLK5nbsE

La Dixième Coupe Schneider

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Lac de Varèse, 8-9 octobre 1988

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Après si lontemps, le vol du Piaggio au cours de ces deux journées s'étale en souvenirs partiels, comme un rêve.

Le Piaggio file sur la gauche... trop vite... impossible de virer... quelque chose ne va pas... je repose... moteur électrique... dérive à droite... virer lentement... pourvu que la batterie... le bateau de récupération est partit... il barre la route... merde... vite... le nez se soulève.... pleins gaz... la machine s'arrache... elle vole...

Après, je tourne et tourne sans fin... altitude au dessous de dix mètres... vitesse maximum.... en hurlant, l'avion passe presque à hauteur des yeux à quinze mètres de distance en venant de la gauche, et puis c'est fini, les cinq tours sont passés... il faut que je pose...

De très loin sur la gauche le point grossi, au ras l'eau, à plat, à plat, bien face à moi... contact liquide... glissade... je coupe. Le Piaggio s'arrête devant mes pieds comme le fauve devant son dresseur. C'est terminé, terminé... c'était son avant-dernier vol, de loin le mieux réussi et au dessus de la terre d'origine de ses concepteurs.

Pas de film... Perdu...

Quelques heures plus tard, je reçois deux coupes splendides.

La première était en or, je l'ai gardé un an. La seconde est toujours près de moi dans l'atelier.

...................

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La veille j'avais reçu une plaquette extraordinaire gravée à mon nom, un Cadeau Royal comme seuls les Italiens savent les faire.

Claudie tient le modèle de Silvio Taberna.

La civilisation de Léonard de Vinci et de Michel Ange a su conserver son enthousiasme pour le culte de la Beauté.

Quelle soit remerciée de m'avoir donner l'occasion de rassembler des instants d'émotion aussi exceptionnels.

Le 9 octobre c'était aussi la date anniversaire du premier "vol" de Clément Ader sur son Eole en 1890... Tiens...

Avant-dernière mise à jour : 9/10/2008 plus un jour... !

20 ans pile !

Dernière mise au point : 18/10/2015

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