Coppa Schneider 1987

"L'exploit"

Par Jean de Besombes

Le Macchi M7 de Martegani au décollage qui remporte la coupe Schneider cette année

Cette 9ème édition de la Coppa Schneider organisée par l'Aéro Club Aéromodellisti de Varèse en Italie, s'est déroulée en même temps que la 18ème Coupe Européenne d'hydravions radiocommandés F3A à Gavirate sur le lac de Varèse, les 5 et 6 septembre 1987.

Si nous avons regretté que le champion incontestable de ces Coupes Schneider, Carlo Bergamaschi, soit absent en même temps qu'un des fidèles concurrents italiens, Bellingeri, nous nous sommes félicités d'une présence française renforcée. Toujours là, Jean-Claude Requet et son immuable Bernard HV 120, accompagné d'Alain Vassel qui revient avec les deux modèles de l'an dernier, Morane Saulnier 1913 et Savoia Marchetti S65, plus la surprise: le Piaggio PC 7 que nous détaillerons plus loin, lui-même escorté d'amis de Clermont-Ferrand: Thierry Prudhomme avec un Macchi M 67 et Patrick Denoyer avec son Bernard HV120 n°2.

Le très beau Supermarine S4 de Jean Doyen

A droite le S65 de Vassel

Présent également, un nouveau Français, le Lyonnais Jean Doyen avec un Supermarine S 5 de très belle facture. Un autre Supermarine S 5 présenté par l'Anglais le plus fidèle de la Schneider j'ai nommé Georges Webb, toujours aussi sympathique, criant à tout venant et aux juges en particulier, que le sien venait d'un kit et qu'il n'avait pas beaucoup d'espoir au statique! Il y terminera d'ailleurs dernier.

Un deuxième Britannique, bien que venant de Suisse, John Moore, présentait avec retard un Nieuport 1913 de conception personnelle.

L'équipe italienne était représentée par Carlo Martegani et ses Macchi M 7 et Sopwith Tabloid bien connus, ainsi que Giorgio Faglioli et ses Macchi M 33, Fiat C 29 et Savoia S 65 déjà exhibés à la Coppa.

Quatorze avions en tout et trois pays représentés : Cette 9e édition s'annonçait passionnante.

Le Nieuport 1913 de John Moore

Samedi, après le déjeuner, le statique était expédié en deux heures et les vols pouvaient commencer.

Ce statique, très proche de la Schneider 87 de Thonon, voit en tête le bien connu Macchi M 7 de Martegani déjà gagnant de la Schneider à Desenzano del Garda en 1984, suivi du Fiat C 29 de Fagioli et, en 3éme position, du mystérieux Piaggio PC 7.

Mystérieux pourquoi ? Et bien, cet hydravion conçu pour la Coupe Schneider 1929 par l'Ingénieur  "Dottore" Pegna, personnalité éminente de l'aéronautique Italienne de l'époque, se singularisait par l'absence de tout flotteur. Le fuselage conçu comme une coque de bateau flottait entièrement dans l'eau, moteur compris. Ce moteur devait permettre, par l'intermédiaire d'un long arbre de transmission, d'actionner une hélice marine à l'arrière. Les hydrofoils dont la coque était munie comme d'un train d'atterrissage classique, devaient permettre, lorsque l'avant était déjaugé, d'embrayer l'hélice aérienne pour décoller.

Cette conception révolutionnaire pour l'époque, et même à l'heure actuelle, ne fut pas couronnée de succès puisque le prototype, malgré son moteur Isotta Fraschini V 6 de 970 CV, ne décolla jamais.

Il ne fit que des essais d'hydroplanage en montant sur ses hydrofoils, déplaçant beaucoup d'eau, mais sans pouvoir dépasser ce stade.

Le modèle présenté par Alain Vassel, s'il possédait un moteur électrique pour l'hélice marine, avait son hélice de vol actionnée par un OS 45 de 7,5 cm3 à travers un embrayage centrifuge comportant un frein.

Le moteur est donc mis en route par un démarreur à courroie comme certaines turbines y compris celles de Avonds, la grande révélation des championnats du Monde Maquette 1986 à Oslo.

On voit donc que si le prototype était singulièrement original, la réalisation d'Alain est également complexe et osée. Il ne faut pas oublier que le règlement de la Coppa Schneider, édité par l'AVA (Assocazione Varesina Aeromodellisti), tient compte de la difficulté du modèle puisqu'il prévoit un bonus de 10 % pour cet hydravion pouvant même être lancé à la main.

Contrairement à l'habitude, le temps était couvert, orageux, brumeux, avec des vents relativement forts parfois, et changeant d'orientation très rapidement. Donc, un plan d'eau ridé avec vaguelettes non négligeables pour des modèles réduits.

Arrive le moment tant attendu par les fanas, les officiels, les autres participants, tout le monde en un mot, la mise à l'eau du "Pegna". Démarrage du moteur thermique sans difficulté, hélice aérienne bloquée, et sur une légère impulsion de l'aile, le modèle déjauge sur son hydrofoil et s'éloigne rapidement sur la gauche, parfaitement en équilibre sur ses 3 points. Surprise dans la foule. Les juges lui donnent déjà 10 en taxiage. Puis après un grand demi-tour à plein moteurs (la commande du moteur électrique est un micro-switch actionné par la position plein piquer du manche), l'hydravion, puisque hydravion il y a, s'élance face au vent et décolle impeccablement vers la gauche dans un immense "hourra" des spectateurs.

Miracle le Pegna PC 7 a décollé.

L'enthousiasme est à son comble, les juges donnent 9 au décollage et l'avion est toujours en l'air. Bien sûr son vol est instable en profondeur, mais grâce à la maîtrise de son pilote, il s'élève péniblement.

Le silence s'est fait. Tout le monde est accroché à ce vol heurté et à son tangage irrégulier.

Jusqu'au moment où, au loin, l'avion passe sur le dos et tombe à la verticale dans le lac où les morceaux flottent indéfiniment. Si la joie précédente est teintée de tristesse, il n'en reste pas moins que le Pegna a volé.

Le fidèle organisateur, Ettore Bizzozero, qui seconde maintenant son président, dans sa joie embrassera Alain.

Les vols se poursuivent et verront la victoire de Comolli pilotant le M 7 de Martegani, dans des conditions difficiles avec une saute de vent de 180°. Jean-Claude Requet pilotera mieux le S 5 de Doyen que son propre avion et terminera second. Vassel sera troisième aux commandes de son S 65. Georges Webb, nous prouvera que son pilotage s'est considérablement amélioré et se classera 7ème.

Mauro Fagioli aux commandes des avions de son père, Giorgio, aura moins de chance puisqu'à part le M 33 qu'il placera 5ème, il capotera avec le C 29 et ne pourra faire mieux avec le S 65 dont le moteur arrière s'étouffe régulièrement avec les projections d'eau des flotteurs.

Le soir le banquet à l'hôtel Mario à Schiranna, hôtel fréquenté dans les années 20 à 30, par les pilotes et le personnel de l'usine Macchi qui jouxte l'hôtel, sera particulièrement animé par les concurrents de la coupe Europa, de la Schneider et des organisateurs réunis au coude à coude.

Vassel qui travaille déjà à la remise en état du Pegna, nous annonce qu'il volera demain, dimanche après-midi.

Toute la soirée, nous serons environnés d'éclairs et d'orages qui ne laissent rien augurer de bon pour le lendemain. Ettore, interrogé, nous dit que la météo a prévu un temps variable.

Le merveilleux Pegna de A. Vassel... notez la petite taille des hydroskis !

Le dimanche matin, les juges en accord avec les organisateurs procèdent au statique de John Moore arrivé tardivement. L'après-midi, 2ème manche.

Le temps est depuis ce matin excellent, ciel bleu sans nuages, vent léger et lac parfait. Et bien, les vols seront nettement moins bons que la veille et ne verront que 8 avions voler, au lieu de 9. Jean-Claude a force de voler au ras des pylônes et de l'eau éclatera en percutant la surface. Exit, le vieux Bernard. Fagioli, malgré la demande pressante de Vassel pour lui accorder un délai pour démarrer son deuxième moteur, ne pourra décoller le S 65, ses deux autres avions le C 29 et le M 33 capotant au décollage.

John Moore n'aura pas plus de chance et s'écrasera après un vol très irrégulier.

Alain avec son avion réparé et rapiécé tant bien que mal, alors que lui et son équipe ont encore travaillé toute la matinée, ne réussira pas à décoller le Pegna, qui à chaque taxiage s'enfonce sur la gauche, l'aile gauche touchant l'eau et le retour s'effectuant à l'aide de l'hélice marine, à la stupéfaction des gens présents.

On dirait le vrai, tout au moins d'après les rapports de l'époque.

La compétition est donc terminée et les officiels préparent la remise des prix. On voit alors Alain redémarrer son moteur une première fois, taxiage aile gauche dans l'eau, retour sur la berge. Une deuxième tentative, et à l'arraché, après que l'aile gauche et l'hélice avant aient touché l'eau, nouveau décollage de ce satané PC 7.

Il a déplacé ses batteries et le vol horizontal est nettement plus stable. Après deux virages bien coordonnés et alors que l'avion est au loin, n'entendant plus son moteur, il amerrira impeccablement. C'est un triomphe et s'il n'est pas le vainqueur de la Schneider, il en sera indiscutablement la vedette sans rien enlever au mérite du tandem Martegani/Comolli qui finiront aux premières et deuxièmes places de cette Coppa 1987.

En se séparant, en fin d'après-midi, les concurrents particulièrement échauffés, échafauderont les hypothèses de moteur arrière marin avec long axe, etc.

Ainsi donc une coupe d'un grand cru, une première mondiale avec le vol du PC 7, et tout le monde attend avec impatience l'édition 88 pour se retrouver dans cette chaude ambiance qui lui est propre. Cette compétition ainsi que je l'ai noté sur mon magnétophone est une compétition gaie. C'est unique.

Les reflets du Morane...

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