Enfin, voici la première victoire française à Varèse! Avec le modèle d'un avion italien, soit. Mais quel avion! Le Pegna PC7, conçu en 1929, sans flotteurs ou coque: seulement des hydrofoils, ce qui lui a donné une rare élégance, et cette fois-ci nous avons pu voir le modèle d'Alain Vassel décoller sans difficulté et accomplir tout son circuit avec de splendides virages aux pylônes et terminer par une approche suivie d'un superbe amerrissage 3 points... Les 3 points des hydrofoils, bien sûr!

Mais revenons au début. C'est donc le Samedi 8 octobre que nous nous retrouvions, les français, vers midi sur les bords du lac de Varèse, à Garivate. Nous répondions à l'invitation des "Aeromodellisti Aero Club di Varese'"', à une date retardée cette année par les championnats du Monde de maquettes de Gorizia, qui ont eu lieu, faut-il le rappeler, en Septembre.

La dite équipe française était composée, à son habitude, du noyau fidèle d'auvergnats, plus le lyonnais Jean Doyen. Même monsieur Tachet père était du voyage, accompagné de son épouse. Pas d'autres concurrents en vue, aussi allons-nous déjeuner. Le temps est beau avec un fort vent du Nord qui nous donne une visibilité splendide sur les Alpes enneigées. Au retour, surprise, les italiens sont là, avec 3 nouveaux modèles et c'est avec un total de 13 modèles que le statique commence à l'abri du hangar à bateaux.

Statique terminé en deux heures par le jury composé de trois italiens, Gale, Borroni, Silvio Taberna (qui a jugé toutes les Schneider en Italie depuis leur création en 1979), et de deux français, Jean Claude Requet, le sympathique président de l'association française d'aéromodélisme Hydravions (qui n'a malheureusement pas réparé son fameux Bernard HV 120, cassé l'an dernier ici même) et votre serviteur.

Pendant le statique, les premières mises à l'eau se déroulent, telles que celle du splendide Farman biplan de 1913 que Martegani a terminé à midi et met à l'eau à trois heures. Il l'a amené d'une manière curieuse: sur le toit de sa 305, fixé transversalement sur un petit Zodiac gonflé accroché à la galerie. Il est vrai qu'il est de Varèse et avec son pilote Comolli, il a été le premier gagnant de la Coppa Schneider à Schiranna en 1980 pour la deuxième édition, la première de 1979 s'étant terminée sans classement.

Le Macchi M 7 de Martegani, second de cette Coppa Schneider

Il y a également présent le deuxième Pegna PC 7, plus grand que celui de Vassel, équipé de deux moteurs à explosions, un peu plus rustique d'aspect, mais qui ne concourra pas. Outre les habituels concurrents italiens, on note la présence des sympathiques Fagioli père et fils, qui parlent français en plus, avec leur Fiat C 28, Macchi M 33 et un nouveau, un hydravion coque, le Macchi M 17, Bellingeri de Pavie avec son Blanchard et son Macchi M 33.

Le Macchl M 17 de Giorgio Fagioli

On retrouve l'ancien président du club, Ettore Bizzozero, toujours aussi passionné de la Schneider, avec un ravissant petit sesquiplan Savoïa S 21 à fuselage coque et propulsé par un 4 temps HP 25.

On déplorait comme l'an dernier l'absence du spécialiste Carlo Bergamaschi. Dommage. On retrouvait aussi un avion déjà vu à Dezenzano del Garda en 1984, le Macchi MC 72, modèle de celui qui battit en 1934 avec Agello aux commandes le record du monde de vitesse absolue avec 709,209 km/h, présenté par Pagani de l'aéroclub de Varese. Avec l'habituel Macchi M7 de Martegani, cela faisait au total 13 modèles, un de moins que l'an dernier puisque l'anglais vivant en Suisse, Moore, n'était pas là. Nous étions donc réduits à un duel Franco-italien, car, si le jeune allemand Hans Wagner qui nous avait fait grande impression en Avril 83 à Villefranche sur Mer était là, c'était pour faire un reportage pour une revue allemande. Dommage! Quand on pense qu'aux premières Schneider, les anglais étaient au moins à trois!

Tout le monde serait content, ici, de voir revenir les Georges Webb, Brian Peckham... Toujours présent, par contre, un des premiers juges de la Schneider, Cesar Milani-Galliéni, accompagné de "l'Editorial Director" de la revue anglaise "RCM&E", Ron Moulton qui, cette année comme l'an passé, est captivé par le Pegna PC 7 d'Alain qu'il mitraille sous toutes les coutures. Enfin on peut rêver.

Le Supermarine S 5 de Jacques Doyen

Le soir, concurrents, supporters, officiels se retrouvent à l'immanquable banquet, délicieux au demeurant, présidé par le directeur général de Aermacchi, concepteur de tous les avions de cette société portant le sigle MB, Ermano Bazzochi. C'est un honneur considérable pour le président du club, Renato Corno, que d'avoir pour invité une aussi éminente personnalité de l'aviation grandeur.

Après les agapes très réussies, notre juge de la première heure, Silvio Taberna, lui-même pilote de Macchi militaire (avant et pendant la guerre si mes renseignements sont exacts), nous sort de petits cartons amoncelés toute une collection de maquettes fixes d'avions de la Schneider au vingtième environ. Splendide, et les constructeurs présents examinent avec émotion et envie leur modèle en couleurs d'origine.

Le Farman 1913 de Carlo Martegani

Dimanche matin, les vols vont enfin commencer. Le temps est idéal, avec lac d'huile, soleil, température convenable. Les statiques ont déjà été publiés. Résultats: Martegani estimant que son Farman est peu récompensé ne le fera pas voler. Dommage, car ce modèle original, conçu manifestement en fonction du nouveau règlement qui donne 5% de bonus seulement aux avions antécédents à 1914, laissant tout de même un coefficient de 9 (au lieu de 5) au décollage.

Grâce à cela, le Pegna avait ses chances ! Ce nouveau règlement est d'ailleurs beaucoup plus proche, au moins pour le statique, du règlement F4C que l'ancien. Par contre, pour les vols, la possibilité d'essais a été conservée. Heureusement d'ailleurs car l'on s'aperçoit là que l'hydro ce n'est pas vraiment toujours facile!

Comolli, qui pilote le Macchi M7 de Martegani, a fait des progrès considérables dans toutes les phases du vol et fera 1057 points pour le premier vol réalisé après les trois premiers essais de Bellingeri, Mauro Fagioli et le Morane 1913 de Vassel qui aura une interférence et se posera. Bellingeri essaiera de décoller le Blanchard sans succès. Jean Doyen ne fera mieux qu'après 4 tentatives de décollage, mais coupera deux pylônes et le vol sera considéré nul.

Enfin le Pegna, toujours mitraillé par Ron Moulton, taxiera très loin, évidemment en sortant de l'eau à l'aide du moteur arrière (électrique), fera un 180° et verra en face de lui la barque de récupération qui le croyait en perdition. En l'évitant soigneusement, il fera un splendide décollage , bien réglé, tournera autour des pylônes ses 5 tours et reviendra faire un splendide amerrissage 3 points juste devant les juges.

L'embrayage de l'hélice aérienne du Pegna PC7 de A. Vassel. Très belle réalisation mécanique

Ensuite, ce sera le tour du Savoïa 21 de Bizzozero, piloté par un membre du club, qui ne réussira pas à décoller. Je pense que son 4 temps de 4 cc est un peu juste, surtout sur l'eau, et de surcroît en propulsif.

Le M 7 au taxiage sur le lac "d'huile"

Au tour d'Alain de décoller son Savoïa S 65 bimoteur en push-pull qui, lui aussi, est toujours un peu juste au décollage. Au dernier tour de sa prestation, il aura des tops radio, partira en déclenché et se répandra sur la surface du lac.

Suivra en rêve de valse, aussi bien au taxiage qu'au décollage, le MC 72 de Pagani, piloté par un membre du club, qui s'abattra lui aussi dans l'eau après avoir réduit son moteur. Il n'y a donc que huit avions à voler ou essayer de voler. Les deuxièmes essais du premier vol ont à présent lieu et Mauro Fagioli pilotant le Macchi M 17 de son père Giorgio fait un bon taxi, avec un bon décollage bien dans l'axe, mais malheureusement au quatrième tour, il se mettra en spirale engagée, le moteur s'arrêtant net, et il se vomira plutôt que d'amerrir.

Il fera sensiblement la même chose avec le Macchi M 33. Dommage que la famille Fagioli ait tellement de problèmes moteur. Bizzozero sera autorisé à voler sans son capotage moteur et son pilote réussira à décoller péniblement ce charmant petit sesquiplan et fera 683 points. Les deuxièmes essais du premier vol se succéderont sans succès pour Pagani, et même pour Jean Doyen. Arrive l'intermède du déjeuner sur le pouce. L'après-midi ne verra que 4 deuxièmes vols qui différeront peu des notes du matin, dont le seul vol du M 33 de Fagioli qui totalisera 768 points.

Le Savola S 65 (avant dernière photo...)

Alain Vassel, échaudé par ses interférences sur sa fréquence de 26 MHz et les poussières trop proche des cibistes italiens ne fera aucun deuxième vol, ni avec le Morane, ni avec le Pegna. Dommage, car le public nombreux cet après-midi aimerait voir son avion vedette, le PC 7.

A la demande pressante du président Renato Corno, il acceptera de faire 2 taxis aller et retour et l'on sent bien que l'envie démange Alain de tirer sur le manche, mais la sagesse l'emporte. Tans pis!

Et après quelques exhibitions de toutes sortes, ce sera la remise des prix avec deux coupes splendides pour Alain Vassel qui rayonne. Martegani, qui termine second, sportivement, vient le féliciter et Pietro Bellingeri se trouvera à une très belle troisième place suivi de Giorgio Faglioli, encore Bellingeri 5ème avec le Blanchard et 6ème Ettore Bizzozero.

Les autres classés n'auront pas eu de vol homologué et c'est bien dommage, cela démontre bien la difficulté de la Schneider puisque 6 avions sur les 13 seulement auront volé officiellement. Un seul crash méchant, celui du Savoïa S 65 d'Alain Vassel, mais compte tenu du succès de la manifestation, le président Renato Corno prendra rendez-vous pour la Xlème Coppa Schneider, avec des maquettes d'hydravions civils et militaires de toutes époques pour compléter le plateau, les 23 et 24 Octobre 1989.

"A l'an que ben !"

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