Coupe Schneider 1987 en Italie

"La présence Française"

Reportage : Alain Vassel

Une première mondiale réalisée par l'auteur de cet article : faire décoller, voler et amerrir une maquette du Piaggio-Pegna PC7 qui, lui, n'a jamais volé ! Le fuselage sert de coque, des hydrofoils hissent l'ensemble, propulsé par une hélice marine, dans l'air ; il faut ensuite embrayer l'hélice aérienne pour pouvoir voler. Pas simple, vraiment, et personne n'avait encore réussi ; bien sûr nous le verrons l'année prochaine dans MRA. Au nom de tous, bravo Alain, et merci.

Pierre Rousselot

L'aéro-club de Varèse en Italie organise, depuis neuf ans, une rencontre annuelle de maquettes d'hydravions type "Coupe Schneider".

Les modèles présentés doivent être les reproductions d'hydravions ayant participés ou ayant été prévus pour la Coupe, disputée entre 1913 et 1931.

Sept hydravions français ont été présentés à Varèse contre cinq italiens, un anglais et un suisse. Les concurrents ont regretté l'absence de Carlo Bergamaschi et de Pietro Bellingeri, le cercle de passionnés n'est déjà pas si étendu et, pour que la Coupe vive, elle a besoin de tout son monde. Il est possible de penser aussi que le concours doit être adapté, avec comme il est prévu, la présence de maquettes non Schneider, peut-être l'accès des semi-maquettes avec un classement séparé, peut être aussi des récompenses moins spécifiques que le simple total des points, par exemple le plus beau biplan, le vol le plus spectaculaire ou l'appareil le plus original, ce genre de classement se fait entre autre, pour les gros modèles et permet de satisfaire un plus grand nombre de participants.

Comme toujours il a fait beau, comme toujours l'accueil a été sympathique, de plus en plus d'ailleurs, car des liens se créent au fil des rencontres, et ce n'est pas le moindre intérêt de celles-ci.

Vue générale des modèles présents

Le statique

L'équipe de France, la "Squadra Francese" comme ils disent là-bas, arrivée dès le vendredi soir, était sur le pied de guerre à l'aube du lendemain, enfin presque, en tout cas avant 10 heures, c'est sûr, et après les retrouvailles et salutations, chacun a cherché un coin d'ombre pour monter son modèle, ce qui fut terminé en fin de matinée pour la présentation globale de, tout de même 13 modèles, tous plus beaux les uns que les autres ; seul manquait le Nieuport de John Moore, arrivé le samedi soir.

II faut noter que le jury était constitué de deux Italiens et d'un Français, Jean de Besombes. Ce jury après un tour général a commencé son office (on disait comme cela pour le bourreau, dans le temps, il me semble) et là, surprise, les avions n'étaient pas sur les genoux des juges, mais presque, vous me direz ce n'est pas un inconvénient, puisque tout le monde est jugé à la même enseigne, mais enfin il faudrait peut-être un jour se décider pour une méthode qui satisfasse tout le monde, les juges et les jugés, le concurrent normal aimant bien savoir d'avance à quelle sauce il va être mangé.

A titre d'exemple et en espérant que le problème sera résolu cet hiver, sur trois concours Schneider auxquels j'ai participé, le premier fut jugé à trois mètres et les juges restaient assis, c'était bien, tout le monde avait l'air content, le deuxième fut jugé à huit mètres et c'était trop loin, les juges voyaient mal, et le troisième à cinquante centimètres, voir zéro centimètre si vous voyez ce que je veux dire, soit franchement trop près.

Une autre bizarrerie de ce statique fut la rapidité du jugement et surtout la forme de la présentation. En principe avec un plan trois vues, le juge doit regarder le modèle selon trois orientations au minimum, hors ce jour-là, les modèles ne bougeaient pas, c'est sans doute l'imagination du juge qui remplaçait l'orientation : à revoir.

Le Bernard HV-120 de Patrick Denoyer

Les vols

C'est à mon ami Joël Danna que fut confié mon Morane pour le premier vol ; c'était une tâche difficile car il ne connaissait ni l'avion ni la radio et en plus il y avait un peu de vent auquel la trapannelle est assez sensible. Si le premier vol fut moyen, on peut noter que le second a été bon avec toutefois un amerrissage douteux, mais bien situé devant les juges. C'était son premier concours, il obtient une quatrième place méritée, (futur plan MRA) le centrage a été avancé (28 %) et le débattement du gauchissement alaire diminué, le lacet inverse et le dérapage qui avaient été observés à Thonon sont totalement supprimés.

Jean-Claude Requet toujours égal à lui-même a fait un premier vol de qualité mais le second s'est mal terminé car le Bernard a percuté la surface en pleine vitesse au passage d'un pylône.

Le Super-Marine S5 de Jean Doyen

Il a ensuite eu l'honneur de piloter le magnifique Supermarine S5 de Jean Doyen (créateur du Latécoère 298, plan MRA) ; je voudrais bien connaître le secret de sa peinture métallisée qui reproduit parfaitement une tôle d'aluminium. L'avion est léger et vole parfaitement, il obtient le deuxième meilleur vol.

Carlo Martegani est venu avec deux modèles bien connus ; son excellente présentation associée aux bons vols de son pilote font de lui un vainqueur incontestable.

Le Macchi M7 de Carlo Martegani

Giorgio Fagioli n'a pas eu de chance car si le M33 s'est bien comporté (j'ai un faible pour ce modèle) le Fiat C 29 s'est retourné au déjaugeage et le S65 manque de puissance, il semble que le moteur arrière boive des embruns. Je me permettrais de reprocher à Giorgio (c'est un ami) de ne pas mettre un pot d'échappement efficace sur ses modèles, le vol perd en réalisme et le moteur fonctionne mal.

John Moore est venu de Suisse avec un Nieuport 1913 qui comporte un système de gauchissement comme sur le Morane, et qui volerait sans doute fort bien avec un centrage beaucoup plus avancé. Le modèle est équipé d'un quatre temps ce qui est très agréable, mais le vol s'est terminé par un plongeon spectaculaire.

George Weeb participait pour la première fois à la compétition, il est venu avec une semi-maquette de Supermarine S5 qui volait bien.

Thierry Prudhomme était présent à Thonon avec son Macchi M 67 qui n'était pas encore au point et n'avait pas volé. Cette fois-ci, le modèle a volé mais il est un peu instable et semble trop lourd. Thierry a fait un gros effort de construction, mais c'est sa première maquette sur un sujet difficile. Patrick Denoyer nous a enfin présenté son superbe Bernard HV 120 en concours, fait d'après le plan de Jean-Claude (et de MRA), il est fort bien réalisé et vole parfaitement. Le seul problème de l'avion c'est son pilote qui n'a pas l'habitude des concours ; Patrick, qui est un excellent pilote, saura vite se maîtriser.

Le Savoia-Marchetti S 65 de votre serviteur a enfin volé avec ses deux moteurs, les problèmes de cardan et d'arbre de transmission ayant été résolus. Bien sûr, avec l'aide de la puissance supplémentaire du moteur arrière, l'hydravion déjauge facilement. En raison de la longueur des flotteurs sur l'arrière il suffit de cabrer et d'attendre le décollage.

Le Piaggio-Pegna Pc7

Cet hydravion qui ne comporte ni coque, ni flotteurs n'avait jamais volé ni en grandeur, ni en modèle réduit ; il n'est pas encore au point mais semble très prometteur, car il a déjaugé, hydroplané, volé et amerri.

Pour remplacer les dispositifs d'envols classiques, le Piaggio est muni d'ailes marines que l'on appelle aussi hydroskis ou hydrofoils, qui fonctionnent, en gros, comme une aile dans l'air, ils développent une certaine portance et permettent donc de planer dans l'eau.

Il flotte à l'arrêt sur son fuselage, et l'hélice aérienne est débrayée (embrayage centrifuge) ; c'est une hélice marine, actionnée par un moteur électrique, qui permet de le déjaugeage pour lever le nez et mettre en rotation l'hélice aérienne.

Le Piaggio a suscité un gros succès de curiosité auprès des Italiens qui ne croyaient pas (malgré que l'idée fut Italienne) qu'un pareil engin puisse fonctionner. Les essais d'hydroplanage avaient été fait la veille de notre départ pour l'Italie (comme toujours !) et bien qu'ils aient été positifs, nous ne savions rien de la suite.

Le premier vol fut innommable pour moi, en effet après un hydroplanage parfait, associé à une grande maniabilité et parfaitement stable, le décollage fut très facile mais, en l'air, la machine était très instable sur tous les axes et, malgré un centrage à 20 % de l'aile, abominablement centrée arrière. La suite est classique dans ces cas-là, on se bat un certain temps, jusqu'à ce que l'objet livré à lui même se plante. Avantage considérable de l'hydravion, l'impact se fait sur l'eau, cela fait très mal, mais moins que sur terre, et de fait en récupéranit l'épave, la décision fut prise : on allait recoller.

Une réflexion s'impose : comment un avion centré à 20 % peut-il être centré arrière ? La raison est simple, ce n'est pas l'aile qui vole, c'est l'avion, et comme le Piaggio est très particulier avec son nez long et ses patins, cela amène une portance non négligeable sur l'avant, et l'avion se comporte comme un biplan. Il est difficile de chiffrer le phénomène, seul l'essai apporte des résultats, mais il fait mal.

Une fois recollé, le dimanche matin (merci les amis), le modèle a fait des essais d'hydroplanage avec succès, mais pour le deuxième vol du dimanche, rien à faire (il faut dire que les foils étaient passablement tordus) l'avion n'a voulu déjauger qu'au troisième essai, naturellement hors concours, mais qu'importe, centré à 15% il a volé mieux (encore centré arrière) et effectué un amerrissage lointain, mais convenable.

L'enthousiasme des Italiens a été indescriptible, "leur" Piaggio avait volé, et il faut dire que nous n'étions pas peu fiers de nos résultats ; l'équipe de Clermont, unie pour terminer l'avion à temps, soudée par des frayeurs peu communes, peut se vanter d'une belle réussite.

La Coupe Schneider 1987 fut un succès, merci aux organisateurs, merci à Jean-Louis Molat, Joël Danna, Patrick Denoyer, Thierry Prudhomme et Lionel Pradier sans lesquels le Piaggio n'aurait pu, ni être prêt à temps, ni réparé. Je souhaite pour le dixième anniversaire de la Coupe un succès encore plus vif et engage les maquettistes français à venir en Italie goûter à l'ambiance et au vino bianco...

Résultats

(1) Martegani Carlo, M-7, 2202. (2) Martegani Carlo, Sopwith, 2035. (3) Vassel Alain, S-65, 2017. (4) Vassel Alain, Morane 1913, 1997. (5) Doyen Jean, S5, 1993. (6) Requet Jean-Claude, Bernard HV 120, 1914. (7) Fagioli Giorgio, M-33, 1907. (8) Denoyer Patrick, Bernard HV 120, 1660. (9) Webb George, S-5, 1595. (10) Prudhomme Thierry, Macchi M 67, 1570. (11) Vassel Alain, PC-7, 1401. (12) Moore John, Nieuport 1913, 1212. (13) Fagoili Mauro, C-29 Fiat, 1 133. (14) Fagioli Giorgio, S-65, 1054.

MRA N° 577, Décembre 1987

Mon impression d'aujourd'hui (2005)...

Après toutes ces années de digestion, j'ai un peu de mal à me retrouver dans le style de ce genre d'article... J'y décèle aujourd'hui un certain manque de sensibilité et d'émotion, il est vrai que maintenant je souffre plutôt de l'excès inverse... et puis mon jugement du jugement était bien critique. Avec le temps je trouve que finalement c'était de loin la meilleure méthode : Décontractée... Disteso... (Si j'en crois mon robot traducteur....)

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