Modèle réduit: Reproduction à petite échelle, mais en ordre de marche, d'une machine ou d'un ensemble... Le modèle réduit doit être fonctionnel et fonctionner sur les mêmes principes que l'original en vraie grandeur.

Modéliste: Personne qui fabrique des modèles réduits...

Pour construire ces modèles réduits, le modéliste dispose d'une vaste gamme de matériaux lui permettant de réaliser tous les appareils possibles, quelques soient leurs formes et leurs complexité.

La construction dite traditionnelle, en bois, utilisée depuis toujours, ne cessera jamais de l'être, car ses avantages ne sont pas seulement techniques, mais aussi sentimentaux ; une belle structure reste bien agréable à l'oeil (Et au toucher...). Elle est, à juste titre, flatteuse pour son réalisateur.

II est évident aussi que la construction de certains modèles ne peut être envisagée dans un autre matériaux que le bois, et c'est le cas de tous les avions du début de l'aviation. Verrait-on la Demoiselle de Santos-Dumont ou le Voisin de 1908 dans un autre matériaux ? Ce serait de la sauvagerie ! Quoique, pour les hydravions, le bois seul n'est pas vraiment idéal au niveau des flotteurs...

Et pourtant, malgré ses qualités, le bois se voit substitué de plus en plus souvent par des matières différentes.

Pourquoi ? C'est qu'il peut souvent être avantageusement remplacé, prenons un exemple :

Soit à construire, au hasard, un Spitfire. Vous connaissez ? Tout le monde connaît !

Première possibilité

Je le construis entièrement en bois, j'aime le bois, je ne supporte d'ailleurs que la construction bois, et je n'aime pas les autres systèmes, que je n'ai jamais essayés (!). Je cherche un plan, je le trouve (Incontournable Brian Taylor) et je fais l'avion.

Bien, voila quelqu'un qui sait ce qu'il veut, bravo. Seulement l'avion n'est pas encore fait. Comment cela ? Avec un aussi bon plan ? Il est tellement bien ce plan, tellement complet avec tous ses détails, toutes ses pièces (De bois), que si l'on n'est pas tombé à la renverse au premier examen, donc encore lucide, il est facile de simuler un malaise et d'aller chercher le programme de la télé, en disant bien fort pour que tout le monde l'entende : "on verra plus tard" !

Plus tard, c'est toujours trop tard, on n'a plus envie.

Cette merveilleuse construction bois reste hélas trop souvent du domaine du rêve, et même si le modélisme est là pour nous faire rêver, c'est comme ça qu'on se retrouve sur le terrain avec rien, ou pire, avec un " ready to fly "... (En ce moment, j'ai un assemblage de ce genre étalé sur la table, il faut bien avoir tout essayé... il n'est pas mal, finalementů). (13 ans plus tard, je vous jure, volé beaucoup, jamais cassé !)

Même si le courageux téméraire a commencé "La" construction, il y a gros à parier que l'embryon de structure va jaunir dans l'atelier (Si vous voulez des adresses !) en attendant des jours meilleurs qui ne viendrons jamais.

Et pourtant ce n'est pas la faute du modéliste, ni du Spitfire, ni de Brian Taylor : C'est que le travail à fournir est énorme, difficile, que l'on n'est pas sûr de réussir. S'il faut passer deux ans pour faire un truc bancal, pas spécialement bien réussi, mais que l'on a tout de même peur de casser, il vaut mieux effectivement regarder la télé, il y a moins de risques, on se console avec Nicolas Hulot.

Pourquoi ces difficultés ?

Oui pourquoi ? C'est bien simple:

- Le fuselage est fait avec des couples, puis coffré : Fastoche... y-a-qu'à trouver le moyen d'aligner tous ces couples de la bonne dimension au bon endroit puis de coller les lattes de la bonne dimension aux bons endroits. Ne pas oublier de prévoir qu'il faut fixer un moteur, une aile et tant qu'à faire quelques éléments de radio. Tout cela avec des petits morceaux de bois astucieusement collés, emboîtés, ajustés, assemblés avec une science et une patience infinie.

Voyez comme la courbe du fuselage est belle, comme elle commence dans un bel ovale pour se terminer dans un autre ovale encore plus beau, voyez comme les karmans (C'était un criminel de guerre, dis Papa ?) ont une forme vraiment très élégante, qui va bien avec celle de l'avion (La vache, ils peuvent être beaux, avec quinze jours de boulot... chacun!)

- L'aile c'est pire, elle est elliptique vous avez vu ? Superbe, vraiment superbe, quelle merveille, et puis toutes les nervures sont différentes...

- Ah bon ? vous êtes sûr ?

- Oui, oui, toutes différentes, quelle merveille vraiment. Au fait, il faut les faire un à une ? Et oui mon bon Monsieur, c'est ça le modélisme, une école de patience, la meilleure.

En attendant, les ailes de Spitfire ne courent pas les rues (Heureusement pour elles), et on les comprend, à 200 heures la paire, cela fait cher de l'aile. Reginald Mitchell en rigole encore, souvenez-vous, le Spitfire, c'est lui qui l'a inventé.

Deuxième possibilité

Je veux un fuselage résine et une aile en polystyrène coffré.

Très bien, on devient plus raisonnable, on veut vraiment voler avec un Spitfire, trouvons un fuselage, on fera l'aile au fil chaud.

"- Bonjour Monsieur le Marchand (Salut Christian !) on voudrait un ou deux fuselages de Spitfire en un mètre soixante dix sept et demi de préférence, vous voyez ? Et combien ça coûte aussi, si c'est possible, sans vous déranger.

- Mes amis, j'en ai plus... d'ailleurs je n'en ai jamais eu... mais je vais pas tarder à en recevoir. Combien dites-vous ? Deux fuselages ? Vous m'auriez dit deux cents, c'était plus facile, j'aurais fait un moule (Il est gentil ce Christian, toujours prêt à faire un moule). Eh oui, il faut faire un moule, vous savez faire les moules ?

- Marinières oui, enfin ... non, je sais plus, en résine j'en ai jamais fait, il parait qu'il en a qui en font... Des professionnels... Tu crois qu'ils ont des Spitfires de un mètre soixante dix sept et demi ?

- Je sais pas, on va chercher à savoir... Tiens c'est l'heure de l'apéro..."

Voila encore un Spitfire qui va se noyer dans l'alcool, les suicides sont fréquents ces temps-ci chez les Spitfires, cela n'est pas bon signe, il y a un malaise, c'est sûr.

Troisième possibilité

La meilleure, la mienne. J'explique, silence au fond... J'en vois qui baillent en plus... Si la reproduction des Spitfires ne vous intéresse pas, abonnez-vous donc à Canal +, c'est moins cher que le modélisme et c'est en couleur.

Le Roofmat, c'est ça la solution pour faire un Spitfire. Je n'en ai jamais fait, de Spitfire, mais je suis sûr que je saurais, je vais vous expliquer pourquoi...

Principe de la méthode

Ma maladie du Roofmat est arrivée un jour que je ruminais le funeste projet de construire un avion pour m'amuser ; étonnant non ? Cet avion d'ailleurs n'en était pas un, c'était un ULM, pendulaire en plus, le Moto-Delta de Jean-Marc Geiser, un des premiers ultra-légers.

Particularité du projet : Pas de plan, mais une ou deux photos qui traînaient dans les revues et qui montraient une belle petite machine au fuselage bien profilé avec une petite queue guillerette. Moteur pulsif et voilure delta comme son nom l'indique si vous avez suivi.

Je ne savais pas faire, avec des couples et des lattes, un tel fuselage (Et je n'ai pas appris depuis). J'avais bien fait des bateaux comme tout le monde (A douze ans j'en avais commencé un en plaçant les lattes, d'abord d'un côté... pour voir le résultat plus vite... vous imaginez la suite !) mais beaucoup de bateaux en tôle (Fer blanc) forcément à angles vifs ( Tu te rappelles André, le jour que vous aviez essayé de me noyer et que je t'avais tiré un coup de pistolet d'alarme et que tu croyais que c'était un vrai ? Tous des lâches...)

Donc, coincé ; alors l'éclair de génie ! Si, si, c'est pas la peine de rigoler, j'ai bien dit de génie : Sculpter une forme en Roofmat qui se ponce bien, donc avec un bon état de surface, recouvrir avec un tissu suffisamment malléable pour suivre la forme et résiner à l'époxy, ponçage, mastiquage, peinture...

Ça devrait marcher.

Première réalisation : Le petit Bernard

Premier essai, un petit fuselage de Bernard, l'hydravion décrit par Jean-Claude Requet. Moteur 0,8cc envergure 90cm ; un demi, quoi (L'expression n'existe plus, à l'époque les petits avions étaient appelés "1/2 A", allez savoir pourquoi...). L'opération c'est super bien passée, fuselage en une seule pièce recouvert de tissu de verre 160 g (solide!).

Le petit Bernard, 1ère réalisation en Roofmat.. Les ailes sont en structure

C'était en 82 ou 83, l'avion est toujours là, jamais cassé. Il est vrai qu'il n'a pas dû sortir de l'atelier depuis au moins 5 ans. (Nous sommes en 92...)...

Bref, un résultat encourageant, on attaque le Moto-Delta.

Le Moto-Delta

Là c'est plus compliqué, il faut faire deux demi-coquilles pour pouvoir creuser l'intérieur (Rien n'est plus lourd que le roofmat ) et placer dans la foulée, les fixations de train, de moteur, les gaines, en somme toute l'installation de l'avion. Quand on referme les coquilles, l'avion n'est pas fini, certes, mais on en a l'impression, cela donne du tonus et par les temps qui courent, il ne faut rien négliger pour en avoir de ce tonus là.

Le Moto-delta en vol : Totalement indécrochable !

Après mastiquage et ponçage et peinture, là encore, totale réussite, la machine a même volé, en prime ! Elle non plus n'est toujours pas cassée. D'abord elle est incassable : Une fois, en amorçant un looping avec grandes difficultés, celui-ci s'est poursuivi jusqu'au sol en multiples révolutions, mais comme le moteur n'avait pas calé, après avoir remis l'engin sur ses pattes, j'ai redécollé ; vous en connaissez beaucoup des appareils qui ont fait ça? Vous voyez bien qu'il est incassable ! D'ailleurs la semaine dernière j'ai enlevé la radio pour en être plus sûr... Avec un moteur de 3,5cc, la machine pesait 2,1 kg.

(motodelta.htm)

Le Catalina

Quand on a débuté ainsi avec un tel taux de réussite (vous avez remarqué : voisin de 100%... Eh oui), on ne se sent plus, on se sent des ailes, on fait même n'importe quoi, et c'est ce qui est arrivé.

Tout en essayant de convaincre, par mon enthousiasme, mes copains de club, de la validité de ma méthode (Je n'y suis jamais arrivé et c'est un des grands chagrins de ma vie...), j'entrepris sereinement, sans me douter de rien, la réalisation d'un superbe Catalina, vous savez l'hydravion, dans le but honorifique de participer à la première manifestation hydro organisée par le Club d'Aurillac (C'est dans le Cantal, l'autre pays du fromage).

Cet appareil semi-maquette fut fait sans grandes difficultés, mais se révéla l'échec le plus flagrant de toute ma carrière de modéliste (C'est pour cela que j'en parle, je n'ai même pas de photo), jugez plutôt : Trop petit (1,60 m), ce modèle (Equipé de 2 Webra 1,6 cc) n'arrivait pas à hydroplaner seul, il fallait le pousser pour le sortir de l'eau. Ensuite, il avait l'intéressante particularité de déclencher à peu près systématiquement à l'amerrissage, ce qui donnait lieu à une arrivée sur le dos, appréciée des spectateurs certes, (Pour eux, le crash est toujours plaisant) mais pas du tout du pilote (Qui n'a aucun sens de l'humour). Bref une saleté qui avait tous les défauts, mais qui, paradoxalement, se révéla être après examen et réflexion, un concentré de ce qu'il ne fallait pas faire, donc une très bonne leçon.

En somme, c'est le modèle qui m'a le plus appris, c'est ce que l'on peut appeler l'avion "paire de claques"...

J'ai retrouvé une photo de construction de la bavure

Et puis celle de la carcasse d'une sorte d'ULM visible ci-dessous

Le P38

La preuve, c'est que le modèle suivant fut parfaitement réussi, c'était une semi-maquette de P38, pas vraiment un avion facile, qui après avoir résolu ses problèmes moteur (A la suite d'une belle gamelle) se révéla parfait. Je disais à l'époque qu'il volait comme un autobus, sans doute par comparaison avec le Catalina. Le P38 vole toujours (Nous sommes toujours en 92...) après changement de propriétaire (Bonjour Jacques F.). On peut voir sur les photos en cours de réalisation, certaines étapes du montage avec les pièces prêtes à coller, comme un kit de "prêt à voler". (p38.htm)

 

Les ailes étaient comme pour le Catalina, découpées au fil chaud : Voir chapitre 2.

Cet avion était léger (3,2 kg pour 1,70 m d'envergure, avec deux 3,5 cc) car recouvert de soie. C'était le premier essai que je faisais avec de la soie et la résine, il fut réussi, mais je n'avais pas maîtrisé les procédés de finition,en particulier le mastiquage au micro-ballons, l'apprêt deux composants de carrosserie auto et la peinture polyuréthane deux composants.

Pour cette raison, estimant que la soie n'était pas idéale (Ce qui est faux), j'étais revenu avec les modèles suivants à l'utilisation du tissu de verre, qui malgré toutes ses qualités, présente pour nous un inconvénient de poids : le poids. Vous suivez ?

Le Gee-Bee

En effet, le modèle d'après fut un Gee-Bee, monté en terrestre et en hydro (Nous avions encore un lac sans pêcheurs: seigneur, préservez-moi de dire du mal de certains de mes contemporains...) (Paranoïa obsessionnelle compulsive incurable...) recouvert de tissu de verre 160 g, il se retrouva derechef avec du plomb dans le museau, malgré la faible longueur de la queue... mauvais.

Le Gee-Bee, version hydro. A droite comment creuser l'intérieur du capot.

Le Dewoitine D 21

Même chose pour le Dewoitine D 21 qui avait beaucoup amusé le jury du championnat de France 1987 avec ses cabrioles (Quand on ne connaît pas un avion, il faut toujours mettre le trim piqueur au départ, répétez après moi...).

Comme en plus, j'étais terrorisé, résultat des courses : Avant-dernier... Ce D 21 qui a tout de même une assez belle présentation, est équipé d'un 10 quatre temps, mais avec son train étroit et sa hauteur, Dieu qu'il est difficile à poser.

(Pour voir les cabrioles c'est ici)

Découpe au couteau, dégrossissage à la rape

La forme est séparée en deux, puis creusée pour alléger en conservant quelques renforts faisant office de couples.

Les supports de servos sont posés et les gaines de commandes posées, ainsi que la platine moteur.

Le fuselage sera entièrement marouflé à la fibre de verre puis poncé, mastiqué et reponcé.

Le Dewoitine D 21 après mastiquage et ponçage

La maquette de ce D 21 a participé aux championnats de France maquettes de Périgueux en 1987.

A SUIVRE...

Si ma prose d'époque vous a fait horreur, j'en suis ravi, moi c'est pareil... que cela ne vous empêche pas de continuer à me détester en pourchassant le second chapitre...

Pour ça, il faut retourner fourrager dans ma tanière, bien fait !

RCM N° 137 Septembre 1992

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