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Bien avant le cauchemar des gaz de combat de la guerre de 14, les manipulations chimiques de produits interdits avaient-elles déjà commencées secrètement dans l'usine secrète du "SOUPIR" ? Il semble que oui, d'après ce terrifiant article de "Fulmicoton" daté de fin décembre 1907.

Postillon : Arrête la chute des cheveux

Tiré de " Fulmicoton " N°47 trois quarts du 25 décembre 1907

 

La galvanoplastie: Fleur d'avenir ou fleur du mal ?

Par Isidore Lapilule

" Sagesse n'entre point en âme de mauvaise volonté et science sans conscience n'est que ruine de l'âme" affirmait sans ambages François Rabelais, père au combien spirituel, de Pantagruel et Gargantua qui rappelait également que si l'appétit vient en mangeant, ... la soif s'en va en buvant, mais ne nous égarons pas alors que le danger nous guette et que son ombre noire s'étend partout sur la planète. Oui, mes amis, une fois encore, la brutalité du "SOUPIR" a encore frappé, une horreur sans nom va t'elle briser les espoirs de nos vies, une guerre chimique abjecte serait-elle déjà déclarée ?

Après avoir recueilli au hasard des vents, un document presque intact (qui semblait avoir enveloppé un camembert), à peine picoré par les souris, sans doute échappé par la grâce d'un courant d'air et d'une fenêtre mal fermée, c'est au péril de l'intégrité de leurs corps que les courageux collaborateurs du Colonel Alphonse D'Enlbrouillard, déguisés en poisson-chat, ont su recueillir des effluents de l'usine secrète rejetés dans les égouts.

Nous devons à Silvère Degris, arrière petit-neveu de mademoiselle Elvire D'Uncoussecq et spécialiste des arômes dans une tannerie artisanale, d'avoir su décoder simplement par l'odorat et le goût, la composition exacte des soupes infernales. En le remerciant pour son dévouement à notre juste cause, la rédaction lui présente toutes ses excuses et ses meilleurs vœux de rétablissement pour les quelques désagréments qui ont résulté de son héroïsme. Elle espère que son nouvel estomac en acier inoxydable lui donnera rapidement entière satisfaction à l'instar de son très joli nez en bakélite dont la couleur verte nous semble particulièrement réussie.

Nous livrons à nos lecteurs le dossier complet de ces analyses que Mademoiselle Elvire a concocté grâce à sa toute nouvelle machine à écrire à pistons rotatifs démultipliés.

Le dossier Chimique du "SOUPIR"

Maltraitances et mauvais traitements à l'égard des surfaces métalliques par des substances chimiques

Chapitre 1: Les attaques perfides

L'un des agents les plus redoutable pour perpétrer un noircissement durable des métaux, c'est le perchlorure de fer, celui des futurs circuits imprimés. Oxydant impitoyable, corrosif pour le fer et ses dérivés, dévastateur pour les aluminium. Il suffit de plonger une vis d'acier en son sein pendant quelques minutes pour qu'elle ressorte violemment oxydée. Prévoir un seau d'eau tirée du puit pour arrêter la réaction, terminer par un tamponnage au papier buvard en attendant l'invention du "sopalin" (?). Le système marche très bien avec un vieux bain qui n'est même plus capable de grignoter le cuivre.

Un autre agent, particulièrement sadique à l'égard de l'aluminium et de ses dérivés c'est l'acide chlorhydrique. Très concentré (acide "fumant"), il est déjà redoutable par ses vapeurs simplement en ouvrant le flacon. Même dilué, son attaque sur les alliages d'aluminium commence insidieusement par quelques bulles anodines et puis soudain quand la couche d'oxyde est dévorée, la réaction s'emballe avec un fort dégagement de vapeurs d'hydrogène, de chlore et autres gaz asphyxiants.

Attention avec l'aluminium : La réaction peut prendre des proportions catastrophiques avec un dégagement gazeux particulièrement délétère accompagné d'un échauffement extrêmement rapide. Comme indiqué dans " Fulmicoton " N°47 et demi, ouvrir la fenêtre, travailler dans l'évier avec des lunettes, des gants et un verre d'eau dans la main prêt pour arrêter le cycle infernal.

NDRL: Prendre ces conseils au sérieux. On cite le cas d'un technicien du "SOUPIR" pourtant qualifié, qui a du descendre des escaliers très vite, environné de vapeurs suffoquantes, avec un verre brûlant dans la main pour se précipiter vers l'eau courante, heureusement proche, de la fontaine publique, seule capable de différer provisoirement son extermination…

Les résultats de ces méthodes brutales sont des aspects satinés qui cassent le brillant avec l'acide et des vieillissements plus ou moins noirs et oxydés avec le perchlorure.

NDRL: Idéal pour les tubes d'échappement des faux moteurs, ah les canailles!

Chapitre 2 : Les Sévices Electriques

On nomme galvanoplastie le dépôt d'un métal sur un autre par l'usage de l'électricité.

Les principes sont simples : A partir d'un sel du métal à déposer, dissout dans l'eau et avec une anode de ce métal, celui-ci sera comme transporté sur la pièce à métalliser disposée en cathode. N'importe quelle source de courant continu est capable de faire ce miracle mais pour réussir des dépôts très adhérents il est indispensable de suivre les consignes très strictes élaborées par les intelligences remarquablement supérieures de nos dirigeants :

•  Tout d'abord et par n'importe quel moyen, même illégal, il faut se procurer un générateur d'électricité adéquat. Comme le courant doit être réglable, le meilleur système serait d'utiliser (à condition d'avoir chez soi un réseau électrique 110 volts de courant alternatif), un auto-transformateur à tension variable, mais comme ce matériel est coûteux on peut utiliser un variateur de perceuse ou d'halogène sans se préoccuper le moins du monde du fait que ceux-ci n'ont pas encore été inventés… (NDRL: Ils ne manquent pas d'air dans l'usine du "SOUPIR"…).

Ce variateur sera branché obligatoirement sur un transformateur d'isolement capable de délivrer quelques dizaines de volts sur un système redresseur à double alternance. Il est recommandé de ne pas utiliser, comme on le fait en TSF, des cristaux de galène pour cette opération, par contre un pont de silicium est fortement conseillé. Un matériel de découpe au fil chaud peut parfaitement être utilisé en ajoutant le pont. ( Note de mademoiselle Elvire : Malgré l'étendue de ses connaissances scientifiques, le Colonel n'a rien compris au sens de ces phrases… ils ont l'air doué les gars du "SOUPIR"…).

•  Les pièces à métalliser doivent être très propres, complètements exemptes de traces de graisse et d'oxydation. Pour cela, après avoir dégraissé à l'acétone, en ne touchant pas les pièces avec les doigts, (même s'ils ont été lavés la veille), il faut les gratter à la laine d'acier fine (les pièces, pas les doigts…) et procéder ensuite sans tarder à l'opération de galvanoplastie.

• En cas de difficultés, il est parfois recommandé de procéder sans attendre à un dégraissage alcalin dans un bain spécial très simple (!) dont voici la formule:

- Soude 25 g/l - Carbonate de sodium 25 g/l (Na2 C03) - Phosphate trisodique 20 g/l (Na3 P04) - Acide éthylènediamine tétracétique 3 g/l (EDTA) - Teepol 3 g/l - Métasilicate de sodium 10 g/l (Na2 Si03, 5H20)- Eau déminéralisée

Dans une cuve isolante (bac alimentaire avec couvercle), les pièces à dégraisser seront placées en anode, une plaque d'acier inox servira de cathode. La densité de courant doit être en théorie de 1,5 A/dm2 durant une minute, le dégagement gazeux est normal. Rincage à l'eau de la fontaine.

Métallisation

•  Pour avoir des résultats parfaits, les bains suivants sont recommandés :

•  Pour le cuivrage, voici la formule (une simple solution de sulfate de cuivre donne des résultats médiocres, mais on peut toujours essayer).

- Pyrophosphate de cuivre 46 g/1 (Cu2 P2 O7) - Pyrophosphate de potassium 30 g/l (K4 P2 O7) - Acide citrique 10g/1 (C6 H8 O7, H2O) - Eau déminéralisée

•  Pour le zincage :

- Chlorure de zinc 72 g/l (ZnCl2) - Chlorure de potassium 175 g/l (KCl) - Acide Borique 10 g/l (H3 BO3) -Eau déminéralisée

•  Pour la dorure à l'or fin : Aucune idée, mais des sociétés visibles sur INTER-NET (quesako?) proposeront certainement des solutions toutes prêtes dans moins d'une centaine d'années.

•  Deux méthodes sont possibles pour procéder à la métallisation, celle du bain et celle du coton. Le bain est préférable pour les pièces qui doivent avoir un dépôt épais, il peut durer longtemps si nécessaire. Pour le cuivre, il est préférable d'avoir une agitation du bain et une électrode ou un fil de cuivre circulaire, l'agitation n'est pas indispensable pour le zinc, sans que l'on sache pourquoi.

Le dépôt au coton imbibé de la solution saline est particulièrement pratique et facile à réaliser, plus facile qu'une peinture, il donne des résultats excellents mais toujours avec des nuances qui sont dues à des "densités de courant" difficiles à maîtriser. Avec le coton et grâce son action mécanique, on peut toucher discrètement les pièces si les mains sont propres, alors l'acétone et la laine d'acier suffisent. A l'usine, le bain de dégraissage n'est plus pratiqué dans ce cas... Ouf!!!

Ces nuances que l'on pourrait considérer comme un défaut sont tout le contraire, elles apportent sur les pièces un réalisme du meilleur goût complètement impossible à reproduire autrement. En jouant sur l'intensité du courant avec le variateur et en contrôlant celle-ci avec un ampèremètre, on peut obtenir des résultats très différents, c'est très amusant : en principe les courants faibles produisent des cristaux métalliques fins, les courants moyens des gros cristaux et les courants forts un dépôt "brûlé".

En conséquence, pour le zinc, les cristaux fins donnent une couleur de… zinc, un gris clair plutôt terne (que le "miror" peut faire briller si on le souhaite), les gros cristaux donnent une couleur aluminium moulé, très jolie, belle comme tout, légèrement brillante et le dépôt "brûlé" construit des couleurs plus ou moins sombres qui peuvent devenir presque noires en fonction de l'intensité.

Pour le cuivre, le bain est recommandé pour avoir de très bons résultats, bizarrement quand la pièce sort de sa soupe bleue elle est devenue rose, couleur saumon! Pas de panique, il suffira de la polir avec une brosse rotative en acier (pas en laiton, autrement elle devient jaune…) pour obtenir une teinte cuivre ce qui est parfaitement normal puisque c'est justement du vrai cuivre qui est fixé!

•  Avec le temps (avec le temps va, tout s'en va…) et le contact de l'air, tous ces métaux s'oxydent (le cuivre surtout) c'est naturel et du plus bel effet, il serait regrettable de vernir ces pièces comme cela se fait parfois dans les musées pour conserver l'aspect du neuf.

La conclusion d'Isidore Lapilule : C'est la guerre, la chimie galvanoplastique contre la peinture peinturluresque, deux clans, deux cultures, deux religions, l'enjeu est considérable, somnenbulesque, ubuique, qui saura un jour ne pas partager ou départager les protagonistes ?

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